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Église protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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4 signes qui font qu’un temple est protestant

Orgue du temple de Pentemont, Paris 7e

Prédication du dimanche 4 février 2018, culte "découverte", par le pasteur Christian Baccuet

Lectures : 

  • Jérémie 7, 1-7
  • Jean 2, 13-22
  • 1 Corinthiens 3, 16-17

 

Il y a un sacré malentendu. Nous voici pour ce culte, comme chaque dimanche, dans un temple protestant.

Mais sommes-nous vraiment dans un temple ?

Qu’est-ce que c’est qu’un « temple » ? Au sens classique de l’histoire des religions, un temple est un bâtiment sacré, où se tient la divinité, où elle habite, où on vient la rencontrer, parfois où on la maintient pour avoir la mainmise sur elle ou l’éloigner du quotidien. Dans le protestantisme, Dieu ne réside pas dans un lieu particulier, dans un espace sacré, il est libre. C’est donc un malentendu d’appeler « temple » ce bâtiment dans lequel nous sommes, qui n’a rien de sacré. Sacré malentendu… malentendu à propos du sacré.

Ce sont pourtant les réformés eux-mêmes qui autrefois ont choisi ce terme pour leur lieu de culte, en référence au Temple de Jérusalem, légitimant ainsi un enracinement très ancien de leur foi, dans l’histoire biblique. Malgré l’ambiguïté sémantique, nous sommes bien dans un temple protestant.

Le temple de Pentemont (culte du matin) n’a pas toujours été un temple, puisqu’il était auparavant une chapelle catholique : l’église de la Vierge et de Sainte Clotilde, église du couvent des religieuses de Pentemont dont la construction a été terminée en 1765 ; affecté aux réformés en 1802 puis aux luthériens en 1839, les protestants ne purent en avoir usage qu’en 1846 (voir les détails sur le site de la paroisse). Le temple du Luxembourg, rue Madame (culte du soir), a été construit directement comme temple et inauguré en 1857.

Dans l’un et l’autre de ces temples, comme dans tous les temples réformés, il y a quatre éléments spécifiques, qui font que ce bâtiment est un « temple ». Pas les murs, pas l’orgue, pas les bancs, pas les vitraux : tout cela peut se trouver dans d’autres bâtiments : école, mairie, salle de concert… Quatre éléments spécifiques qui donnent un sens particulier à ce lieu et à notre culte, donc à notre manière de vivre la foi. Quatre signes qui sont autant de défis.

 

1 – Une Bible ouverte

Une Bible, ouverte. Une Bible pour marquer l’ancrage de notre foi dans la Parole, ouverte car elle ne prend sens que si elle est lue.

Cette Bible nous situe dans l’histoire du peuple de Dieu, histoire faite d’épreuves et de paroles. La Bible dit la Parole de Dieu à travers le témoignage des écrivains bibliques, leur chemin de foi, leur histoire : les patriarches nomades, les hébreux esclaves en Egypte, le peuple marchant dans le désert avec Moïse, la terre promise, les juges, les rois, l’exil, le retour… Des hommes et des femmes comme nous, avec leurs peurs et leurs espérances, leurs fragilités et leurs forces, leurs doutes et leur foi, qui en témoignent pour nourrir notre propre vie.

Un moment important de cette histoire est la construction, par le roi Salomon vers 950 avant notre ère, du Temple de Jérusalem : lieu pour le rendez-vous avec Dieu, lieu de la présence du sacré. Cette présence est alors manifestée par l’installation, au cœur du Temple, dans le Saint des Saints, de l’arche de l’alliance, le coffre qui contient les tables de la Loi, la Parole écrite, les dix paroles. Ce Temple va servir pendant trois siècles et demi, jusqu’à sa destruction par le roi Nabuchodonosor, roi de Babylone, en 587. Il sera reconstruit au retour d’exil, en 537, puis agrandi par Hérode le Grand au premier siècle avant notre ère. Il sera à nouveau détruit, définitivement cette fois, en 70 par les troupes romaines de Titus.

Au cœur de la religion de l’Ancien Testament, Dieu ne réside pas à proprement parler dans le Temple de Jérusalem, mais c’est là que se pratiquent les sacrifices qui l’honorent. Pendant près de mille ans, Dieu est célébré dans le Temple par le culte, les rites, les fêtes et surtout les sacrifices.

Le temple dans lequel nous sommes aujourd’hui n’a rien à voir avec le Temple de Jérusalem. Il n’est pas un lieu où se perpétue quotidiennement un rite. Il n’est pas un lieu où chaque enceinte réduit le nombre de ceux qui peuvent y accéder : tout le monde puis seulement les juifs, puis parmi eux seulement les hommes, puis parmi eux seulement les prêtres, puis seulement le Grand prêtre. Il n’est pas un bâtiment rituel, un espace sacré, le lieu de Dieu, mais un espace de rassemblement, le lieu de l’Eglise. Eglise manifestée, suscitée, construite par la Parole reçue de l’Ecriture ouverte. Par la Bible, Dieu se rencontre, non pas de manière ritualisée, mais de manière vivante, dans une Parole lue et méditée, vécue et partagée.

Ce n’est pas un rite qui est au centre de notre foi, mais la lecture de la Bible. C’est pourquoi la lecture de cette dernière est au cœur du culte, précédée d’une prière dite d’illumination, pour que nos cœurs puissent recevoir la Parole de Dieu, selon la double inspiration du Saint Esprit que Calvin a détaillée, inspiration des écrivains bibliques et inspiration des auditeurs que nous sommes.

Il y a là un défi pour nous : ne pas faire de la lecture de la Bible un autre rite mais la lire vraiment car Dieu se fait connaître par elle. Garder l’Ecriture au centre de notre vie d’Eglise, pas seulement le dimanche, mais aussi dans notre lecture personnelle et en groupe. Découvrir dans l’Ecriture la Parole de Dieu.

Pour signifier cela, au cœur de ce temple, la Bible ouverte est accompagnée d’un autre signe.

 

2 – Une chaire

Un deuxième élément typique : la chaire, lieu de la prédication. La chaire (ou l’ambon selon le nombre de personnes présentes) est le lieu d’où retentit l’explication de l’Ecriture, sa méditation, son interprétation, son actualisation. La prédication en protestantisme, est le moment central du culte, la tâche première du pasteur (même si, heureusement, d’autres que lui ou elle peuvent prêcher !), temps d’enseignement et d’exhortation. Temps d’interpellation aussi, quand la foi tend à devenir pratique routinière, le temple espace sacré, le culte temps de rite, la religion acte social ou, pire, lieu de pouvoir.

Ce risque n’est pas nouveau. Le problème avec le temple de Jérusalem, c’est que, de lieu de la rencontre, de prolongement plus propice au culte que la tente de la rencontre dans le désert, de lieu de prière, il va devenir lieu de pouvoir et de rites, de centralisation du culte à Jérusalem, de constitution d’une classe de prêtres, la confiscation de Dieu par une aristocratie religieuse, la dérive vers un culte formel, extérieur, historique. Cela va être contesté très fortement, et régulièrement, par les prophètes. Par exemple par Jérémie, dont nous avons lu un passage tout à l’heure (Jr 7, 1-7). Jérémie rappelle que le Temple ne sert à rien si la foi n’est pas vécue de l’intérieur et exprimée extérieurement dans la justice les uns envers les autres et la solidarité en direction des exclus. Comme Jérémie, les prophètes vont lutter contre le Temple, contre les prêtres, et cette tension traverse toute l’histoire d’Israël.

Elle nous traverse encore aujourd’hui, c’est pourquoi la chaire de notre temple rappelle l’importance de cette Parole de Dieu, qui n’est rituelle mais personnelle, qui n’est pas solennelle mais provocatrice, qui appelle et interpelle. Elle dit l’importance de la lutte incessante contre nos tentations de transformer le culte en rite, la foi en dogmes, la vie en traditions. Contre la religiosité qui guette notre temple, mais aussi nos pensées, nos habitudes.

C’est le sens de la « prédication », étymologiquement : ce qui est « dit vers », ce qui est « pro-clamé ». Il s’agit de maintenir au centre la Parole proclamée : la prédication du dimanche – pas de culte sans prédication – mais aussi toute parole de l’Eglise. Parole qui conteste, interpelle, console, fait vivre…

Le défi dans notre monde est que la Parole de Dieu soit annoncée et partagée, ici et maintenant. Que la prédication ne se transforme pas en rite mais reste un acte prophétique, c’est-à-dire porteur de la Parole de Dieu. Découvrir dans la Parole de Dieu l’appel à une relation, la présence d’une personne.

Pour signifier cela, au cœur de ce temple, la chaire est accompagnée d’un autre signe.

 

3 – Une croix nue

Dans tout temple réformé, il y a aussi une croix nue. Cette croix rappelle la mort de Jésus, elle est nue car il est ressuscité, vivant, il n’est plus sur elle. La croix nue dit le Christ, fondement de notre vie d’Eglise.

Jésus se situe dans le prolongement des prophètes, notamment dans sa critique virulente contre le Temple de Jérusalem et la ritualité qui le caractérise. Il y va, il y prie, il y proclame l’Evangile, mais il le remet aussi radicalement en question…  Les quatre évangiles nous rappellent un épisode très important dans le ministère de Jésus, qui exprime le sens de sa mission et cristallise l’hostilité des pouvoirs contre lui : il chasse les vendeurs du temple dans un geste digne des prophètes. Les vendeurs étaient nécessaires à l’économie du Temple car ils permettaient aux fidèles d’acheter les animaux pour les sacrifices ; les chasser, c’est contester la dimension sacrificielle du culte, cette voie d’accès sanguinaire à Dieu, comme si celui-ci était un être assoiffé de violence. Jésus dénonce cela et, selon l’évangile de Jean (extrait lu tout à l’heure, Jn 2, 13-22), il annonce que si ce Temple est détruit, il sera reconstruit en trois jours ! Il parle ainsi de sa mort et de sa résurrection.

Jésus conteste radicalement le Temple : le lieu de la prière avec Dieu, le lieu de la présence de Dieu, c’est désormais le Christ. Et plus précisément, le Christ crucifié et ressuscité. Cette parole sera retenue contre Jésus lors de son procès (cf. Mt 26, 61). C’est sans doute même le déclencheur de sa condamnation à mort. Et quand il meurt, l’évangile de Matthieu (Mt 27, 51, voir aussi Mc 15, 38 et Lc 23, 44) nous dit que le rideau qui sépare le Saint des Saints se déchire, du haut vers le bas : la séparation sacrée n’a plus lieu d’être, et c’est Dieu qui lui-même l’initie. L’Evangile n’est pas réservé à quelques privilégiés mais est destiné au monde entier, il est pour tous. En Christ il n’y a plus de séparation entre Dieu et nous.

La croix nue nous rappelle la centralité du Christ crucifié et ressuscité, la contestation radicale de tous nos rites, le lieu unique et universel de la révélation de Dieu, le signe de sa manifestation pour l’ensemble de l’humanité. Désormais il n’y a plus d’espace à part, d’hommes ou de femmes à part. Chacun reçoit le Christ crucifié, chacun est entraîné plus loin par le Christ ressuscité.

C’est un défi pour nous, celui de la confiance en Dieu, confessé en Jésus-Christ comme Père, qui nous ouvre des chemins de résurrection dès que nous sommes en proie à des forces de mort. Un Dieu qui s’est approché de nous pour que soyons proches de lui, ensemble.

Pour signifier cela, au cœur de ce temple, la croix nue est accompagnée d’un autre signe.

 

4 – La table de communion

Dans tout temple réformé, il y a une table. Non pas un « autel », car ce n’est pas le lieu du sacrifice : la croix est le lieu ultime, le sacrifice définitif. Mais une « table de communion ». Table du repas, où l’on partage le pain et le vin. De communion car lieu qui met en commun, nous met en communion avec Dieu, fait la communauté entre nous.

Les prophètes contestent le Temple pour appeler à une vraie vie de foi, en prière et en actes. Jésus détruit le Temple pour faire de sa personne le lien entre Dieu et nous. Et puis Paul poursuit la logique, en fait la synthèse, dans l’extrait de la lettre aux Corinthiens que nous avons lu (1 Co 3, 16-17) : « vous êtes le temple du Seigneur, le Saint Esprit vit en vous ». Le lieu de la vraie rencontre avec le Dieu de Jésus-Christ, c’est notre cœur.

Les premiers chrétiens qui fréquentaient le Temple de Jérusalem vont s’en éloigner, par souci de l’universalité de leur mission. Désormais, pour eux, le lieu où Dieu réside, le lieu où le Christ se révèle, c’est le cœur du croyant. Et pour maintenir en nous la confiance dans cette présence, nous avons besoin que notre foi soit nourrie ; elle l’est par la Bible, elle l’est par la prédication, elle l’est pas la confession de foi dans le ressuscité. Elle l’est aussi dans le partage du pain et du vin, selon les indications données par Jésus lors du repas qui a précédé son arrestation, dernier repas de l’homme Jésus, premier repas de l’Eglise.

La table de communion, autour de laquelle se partage le signe de la cène, est cet espace où Dieu se donne à nous. Il nous y invite, nous y rassemble, nous y nourrit et nous envoie. Le sainte Cène, c’est-à-dire le repas du Seigneur, est le mémorial qui nous fait nous lever, nous joindre les uns aux autres, recevoir la présence du Christ à travers les signes du partage du pain et du vin. Etre en communion avec lui pour être en communion les uns avec les autres. Symboliquement, nous mettre en cercle autour de la table, c’est dire tout à la fois cet être ensemble autour du Christ, et cette Eglise qui ne connaît ni hiérarchie ni préséance car tous, nous sommes frères et sœurs en Christ. Manger un morceau de pain et boire une gorgée du fruit de la vigne, signes de la vie de Jésus donnée pour nous, c’est prendre le Christ en soi, s’en nourrir, en être ressuscité, en devenir porteurs.

C’est un défi pour nous : être Eglise, ensemble, rassemblés en Jésus-Christ. Etre porteurs de sa présence, de sa Parole. Etre témoins de foi, d’espérance, d’amour.

C’est pour signifier cela qu’au cœur de ce temple une table de communion accompagne la croix nue qui accompagne la chaire qui accompagne la Bible ouverte.

 

5 – Une communauté rassemblée dans l’Esprit saint

L’Ecriture ouverte, la Parole proclamée, la croix nue du Christ crucifié et ressuscité, la table de communion : ces quatre signes font un temple réformé. Bien plus, ils disent les fondamentaux de la foi chrétienne, et ce que le culte nous permet d’en vivre.

Ces quatre signes sont importants. Ils ne sont cependant que des objets. Ils ne sont rien « en soi ». Ils ne sont signifiants que par ce à quoi ils renvoient. Ils ne prennent sens que s’ils sont vécus. Nous courons toujours le risque de chosifier un espace ou des objets, de perdre le sens de ce à quoi ils renvoient, de confondre le signifiant et le signifié. C’est ce à quoi Jérémie, Jésus, Paul nous rendent vigilants.

C’est pourquoi, pour que ce temple soit vraiment un lieu d’Eglise, il faut deux autres éléments, bien plus importants encore : des chrétiens assemblés, et l’Esprit saint.

Une assemblée présente, la communauté rassemblée en Christ ; deux personnes suffisent, nous a dit Jésus. Cette communauté vit le partage de la prière, l’écoute de la Parole, la solidarité mutuelle, le témoignage. Rencontre de foi qui surgit quand l’Ecriture est lue, rencontre qui nous bouscule quand la Parole est proclamée, rencontre qui nous fait vivre à la suite du ressuscité, rencontre qui nous rend présents au Christ. Cette communauté peut se retrouver ailleurs que dans un temple : dans une salle polyvalente, dans le salon d’un appartement, dans une prairie. Car ce qui est son centre ce ne sont pas des objets mais la présence du Seigneur.

Cela, c’est l’Esprit saint, le souffle de Dieu, qui nous donne de le vivre. C’est l’Esprit qui vient en nous faire vivre le Christ pour ensemble former l’Eglise, devenir apôtres, témoigner dans ce monde. C’est pourquoi le culte commence par l’annonce de la grâce et une prière d’invocation – pour se tenir en présence de l’Esprit – et se termine par l’envoi et la bénédiction – pour partir dans l’Esprit comme témoins dans ce monde.

Car, et ce n’est pas moins important, à la fin du culte Dieu ne reste pas dans ce temple, mais il nous précède dehors, il nous y accompagne, il reste avec nous, pour que nous puissions vivre pleinement notre foi dans ce monde, dans le quotidien de nos vies. Jusqu’au prochain rendez-vous, dimanche prochain !

Amen.