N'ayez pas peur !
« N’ayez pas peur ! »
Prédication du dimanche 9 août 2026, par Christine Décamp
Lecture biblique : Matthieu 14, versets 22 à 33
Mes frères et sœurs,
Commençons par une image, en lien avec les lectures de ce jour.
C’est un petit enfant que ses jambes portent à peine. Il hésite à y aller, à se lâcher puis il ose faire un premier pas, puis un second et finalement avance de plus en plus vite. Les yeux d’abord baissés sur ses pieds qui ne lui obéissent qu’à moitié, son regard s’illumine ensuite lorsqu’il lève les yeux vers celui qui l’attend en tendant les bras, tout près de lui. C’est un enfant qui apprend à marcher sous l’œil émerveillé de son père. Un enfant qui bientôt découvrira le monde.
Aujourd’hui, c’est Pierre qui fait ses premiers pas… sur l’eau ! Pierre fait ses premiers pas vers le Christ qui l’appelle : « Viens, n’aie pas peur, c’est moi ! »
Mais au fait qui est-il celui qui encourage Pierre à sortir de sa barque et qui l’arrache in extremis des vagues du doute et du désespoir ?
En voilà une bonne question ! Une question qui travaille les hommes depuis longtemps et qui n’a pas fini de faire couler de l’encre… Peut-être que certains ont déjà trouvé la réponse tandis que d’autres cherchent encore. Je vous rassure : cette question nous travaille tous et il n’existe pas une seule bonne réponse. Notre réponse peut être différente de celle de notre voisin car elle est nous est toute personnelle et surtout parce qu’elle révèle la relation personnelle que nous avons avec Jésus.
Qui est-il cet homme qui marche sur l’eau ?
Dans la faible lueur de l’aube qui s’annonce, nos disciples embarqués malgré eux sur le lac de Galilée, voient s’approcher une apparition étrange, comme un fantôme. De quoi être bien effrayé… Surtout qu’il a les traits d’un homme qu’ils connaissent bien et qu’ils ont quitté bel et bien vivant, le soir même, sur le rivage.
Si nous remontons un peu le fil de l’histoire, nous retrouvons déjà nos disciples dans une situation critique, quelques heures auparavant, face à une foule immense affamée avec seulement 5 pains et 2 poissons en poche. De quoi être là encore dans la tourmente…
Sauf que cela n’a pas l’air de poser de véritable problème à Jésus qui arrive à gérer les stocks disponibles de manière très efficace puisqu’il y a même des restes après le repas ! Jésus rend grâces, il rompt le pain puis il le donne. En accomplissant ces 3 gestes fondamentaux : il bénit, il rompt, il donne, tout comme il le fera lors de son dernier repas avant sa mort, Jésus se montre lui-même comme le vrai pain de vie pour tous. « Je suis le pain de vie qui est descendu du Ciel » comme il dira à travers les mots de l’évangéliste Jean (Jn 6, 35).
Parler à une foule immense, donner à manger à des milliers de personnes, guérir de nombreux malades, voilà le programme d’une journée bien remplie dans l’agenda de Jésus. Il semble tout accomplir avec une déconcertante facilité mais voilà, le soir venu, il ressent tout de même le besoin de s’isoler et de prier. C’est là tout le côté humain de Jésus qui nous parle car nous connaissons bien nous aussi ce besoin de calme et de silence après avoir pris un bain de foule. C’est notamment ce que nous venons chercher ici, dans ce moment de culte, une pause sereine au milieu de nos vies agitées. Une halte qui nous recharge et nous reconnecte directement à notre essentiel : Dieu. Jésus avait bien le droit, lui aussi, de recharger ses batteries, tout comme il le fera le vendredi saint lors de sa pause prière à Gethsémani.
Des disciples seuls en pleine galère…
Voilà comment les disciples se retrouvent seuls, au large, en pleine tempête, sans Jésus… Ils ont dû, à ce moment-là, regretter d’être partis sans lui… Nous connaissons tous cela : les moments de tempêtes, les vagues d’émotions qui nous submergent, les flots de doute qui nous secouent. Des instants de souffrance, d’angoisse où nous sommes bien seuls… enfin où nous nous sentons bien seuls… Et pourtant c’est là, au creux de la tempête, que Jésus apparaît. Qu’il se manifeste là où nous ne l’attendions pas, où nous ne l’attendions plus. C’est là qu’il nous dit : « Prends courage, mon enfant, car c’est moi. Je suis là et je ne te laisserai pas couler. »
« Courage ! C’est moi. » Ah enfin Jésus répondrait-il à notre question ? « Qui est-il ? » Se dévoilerait-il un peu plus ? Cette phrase nous fait penser au dialogue de Moïse avec Dieu, dans le livre de l’Exode, au cœur du buisson ardent, lorsque ce dernier se révèle ainsi au prophète : « Je suis qui je suis » ou « je suis qui je serai », selon la traduction (Ex 3, 14). Cela reste tout de même très mystérieux comme réponse… On se sent un peu comme un enfant qui a posé une question et à qui l’on répond : « C’est comme ça ! »
C’est une réponse un peu tranchée certes mais qui affirme la présence du Christ et qui invite à la confiance. Oui c’est moi, je suis là aujourd’hui et je serai encore là demain, nous dit Jésus. Tu ne peux pas me voir, ni me palper, ou me concevoir de manière rationnelle, mais je suis bien là. Jésus se laisse voir comme l’Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous », « Dieu parmi nous ».
En écrivant cette prédication, j’ai tout de suite pensé à ce poème chrétien « Des pas sur le sable » que vous connaissez sûrement et que je trouve très beau et que vous retrouverez sur la dernière page de la feuille de culte. Texte très connu, repris à de multiples reprises et dont on ne connaît pas avec certitude l’auteur mais un très beau texte de confiance. L’auteur rêve qu’il marche sur la plage en compagnie du Seigneur et il revoit toute sa vie défiler devant lui. A chaque étape, il voit des empreintes de pas sur le sable : les siennes et celles du Seigneur sauf dans ses périodes de tempêtes où il n’en voit plus qu’une. Quand il l’interroge, le Seigneur lui répond alors : « Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuve et de souffrances, eh bien c’était moi qui te portais. »
Un Dieu inattendu
Combien de fois ne sommes-nous pas surpris de la façon dont Dieu se révèle à nous ?
Nous voyons Jésus débarquer au cœur de la tempête, en pleine galère, à tel point que les disciples ne le reconnaissent pas tant qu’il ne leur a pas parlé. Souvent un geste, une vision ne suffit pas et nous avons besoin également d’une parole pour avoir confiance, nous avons besoin de la Parole pour reconnaître le Christ.
Dans le livre des Rois, le prophète Élie se laisse également surprendre par un Dieu qui se révèle dans un silence, une faible brise. Le prophète le cherchait au mauvais endroit. Dieu n’était pas présent dans l’orage, ni dans le tremblement de terre ou dans le grand feu. Pas d’effet spécial de cinéma pour Dieu mais tout simplement un léger souffle, presque imperceptible. Quelque chose de discret qui demande du silence et toute notre attention pour le percevoir dans le vacarme de notre monde.
Lorsque l’on vit un temps de crise et de tempête intérieure, il suffit parfois de quelques mots d’un voisin, le regard bienveillant d’un collègue, le sourire lumineux d’un enfant pour tout changer. C’est là discrètement que Dieu nous parle et se rend présent à nos côtés. Vous savez même quand on est aux abonnés absents, Dieu trouve toujours le moyen de nous joindre ! Grâce à son amour immense et à son espérance vivifiante, il maîtrise nos tempêtes, domine nos peurs et glisse dessus finalement comme s’il marchait sur l’eau !
Un Dieu de relation
Ce que cherche Dieu, avant tout, c’est entrer en relation avec nous. Il ne vient pas juste une fois nous sauver de notre crise d’angoisse et, pouf, repart aussitôt vers les cieux. Au contraire, il vient pour entamer une relation à longue durée. Ce que Dieu nous propose c’est un CDI : c’est-à-dire d’être pour nous un Compagnon à Durée Infinie ! Voilà une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui !
Toi, mon enfant, « tu as du prix à mes yeux et je t’aime ». Voilà ce que Dieu veut nous dire et ce qu’il essaye de nous faire comprendre chaque jour. Seulement, nous avons la tête dure et nous avons tendance à faire notre vie, de notre côté, en l’oubliant…
Un Dieu qui appelle
Alors c’est là que Dieu nous appelle à le rejoindre. « Viens, Pierre ! Rejoins-moi sur l’eau, sors de ta barque et ose faire confiance ! »
Viens, toi qui rames, viens à moi ! Toi qui t’épuises à tenir le cap, viens à moi ! Toi qui as peur, toi qui ne sais pas pourquoi tu te trouves dans ce pétrin, toi qui te demandes comment t’en sortir, viens à moi !
C’est ainsi que Jésus entre en relation avec nous, par cet appel, cet encouragement à sortir de notre barque. C’est alors que nos pas sont encore vacillants, que nos pieds s’enfoncent et que, comme Pierre, nous pensons couler. Car ce n’est pas si facile de sortir de notre confortable et rassurant bateau. Aller au dehors, faire le plongeon dans l’inconnu. Pour cela, il faut sacrément de confiance. Et faire confiance, c’est prendre un risque car on n’est jamais sûr de soi, ni de l’autre. La confiance elle est à double sens c’est croire en l’autre mais c’est aussi croire en soi-même.
Mais si Jésus appelle Pierre à le rejoindre sur l’eau c’est qu’il sait qu’il en est capable et qu’il croit en lui. Sauf que Pierre lui entend une autre voix : celle de la raison qui lui dit : tu es fou ! Tout ce que tu fais ne peut pas être réel, on ne peut pas marcher sur l’eau quand même. La mer, la mort seront toujours plus fortes.
Alors nécessairement Pierre commence à couler, à se perdre et lorsque la mer l’engloutit, lorsque le doute commence à envahir le disciple, son cri d’appel « Seigneur ! Sauve-moi ! » est plein de confiance. C’est une réelle confession de foi en Jésus ! Confiance et foi sont voisines car elles ont les mêmes racines. Pierre a une foi encore fébrile, jeune et vacillante mais qui ne demande qu’à croître et, ce qui est le plus important, qui le fait entrer en relation avec le Christ.
Ensuite, lorsque Pierre et Jésus rejoignent la barque, aussitôt la tempête s’arrête. La menace disparaît. Les disciples ne sont plus entourés de la mort mais sont accompagnés par la Vie en personne. C’est le temps de la rencontre parfaite entre les deux hommes. Un moment de véritable communion où toutes les peurs disparaissent et laissent place à une relation de confiance. Pierre a trouvé son CDI, son Compagnon à Durée Infinie !
Un Dieu avec nous
Au final, au-delà des noms que l’on peut lui donner, des étiquettes ou des catégories dans lesquelles le ranger. Qu’il soit, pour nous, le Christ, le Sauveur ou encore le Fils de Dieu, Jésus est, avant tout, présent avec nous. Car il tient à chacun d’entre nous. Il tient aussi bien à celui qui ose défier la vie et la mort en sortant de sa barque qu’à ceux qui restent dans le bateau parce que la seule présence de Jésus les rassure. Ceux qui osent et ceux qui restent dans la barque, Jésus ne les laisse pas périr, pas un seul.
Jésus Emmanuel, « Dieu avec nous », est celui qui partage nos angoisses, se révèle au creux de nos tempêtes et ne nous laisse pas sombrer. À chacun de reconnaître la présence discrète et inattendue de Jésus qui nous dit : mes frères et sœurs bien aimés, je ne vous promets pas que la traversée sera facile, mais je vous assure une arrivée à bon port.
Confiance, n’ayez pas peur car je suis avec vous, hier déjà, et demain encore !
Amen.
