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Le bâton du bon berger

Prédication du dimanche 26 avril 2026, par Christine Décamp.

 

« Le bâton de notre Bon Berger » 

Prédication du dimanche 26 avril 2026, par Christine Décamp.

 

Lectures bibliques :

  • 1 Pierre 2, versets 20 à 25
  • Jean 10, versets 1 à 10

 

 

« Le bâton de berger, il n’y a pas d’heure pour en manger ! »

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce slogan publicitaire de la marque Justin Bridou. Moi je m’en souviens très bien car j’ai toujours eu un faible pour le saucisson et ma mère raconte même que, quand j’étais jeune, j’avais un bâton de berger caché sous mon lit !

 

Alors ici dans nos lectures du jour, pas de saucisson, pas de Justin Bridou… et, en réalité, il n’est même pas question de bâton de berger !

Par contre, nous avons bien un troupeau de moutons, des voleurs, une bergerie et bien sûr un bon Berger ! Et un berger n’est pas un berger sans son bâton. Cet attribut qui remplit de nombreuses fonctions utiles à sa tâche : s’appuyer d’abord, puis se défendre et protéger mais aussi parfois punir et surtout guider et ramener son troupeau à lui. Voilà toutes ces missions essentielles remplies par le Christ et qui sont représentées par ce bâton de bon Berger.

 

A la lecture de notre Evangile, nous faisons immédiatement le lien avec le célèbre Psaume 23, psaume du Bon Berger que je vous ai lu, au début du culte, dans une version revisitée dans un style « marin » où le Seigneur n’est plus un bon Berger mais un bon Capitaine de navire. Lorsqu’il est capitaine, le Seigneur ne tient pas un bâton de berger mais « la barre et il hisse les voiles face au vent qui lui est soumis. »

Mais pour rester dans notre thématique « bergère », je vous propose aujourd’hui d’étudier ce bâton qui fait du Christ notre Bon Berger.

Tout d’abord, le bâton de berger sert bel et bien d’appui.

Tout comme le bâton de marche du promeneur en forêt. Vous savez ce morceau de bois mort, sec, délaissé dans un fossé que l’on ramasse, au hasard d’une promenade, mais qui a toute son importance parce qu’il nous redonne appui et force pour poursuivre le voyage.

Le bâton, c'est ce qui permet de tenir debout, de se redresser quand on est plié, cassé…

Dans notre vie, quand nous faiblissons, quand nous vacillons, Dieu est là pour être notre appui, notre point d’attache, comme une colonne vertébrale qui tient tout notre corps. Quand tout semble perdu du jour au lendemain, quand notre santé est ébranlée, quand notre situation affective est touchée, quand notre sécurité matérielle est menacée… la présence de Dieu nous rassure car elle est inaltérable et inébranlable.

 

Comme le dit le Psaume 46 : « Dieu est pour nous un abri et un appui, un secours bien présent dans la détresse. C’est pourquoi nous n’avons pas peur quand la terre tremble, quand les montagnes vacillent au cœur des mers, quand leurs eaux grondent, écument et font trembler les montagnes en se soulevant. » (Psaume 46, 2-4).

Voilà cet appui ferme et constant qui nous permet d’être guidé et de savoir dans quelle direction nous diriger.

C’est cette deuxième fonction essentielle que remplit le bâton de berger : guider le troupeau.

Le bâton est haut, bien visible de loin, comme les bâtons qu’utilisent les guides touristiques avec un petit drapeau pour rester bien repérable par le groupe quand on est au pied de la Tour Eiffel, par exemple.

Dans notre Evangile, le berger utilise son bâton mais surtout sa voix pour guider ses moutons. Voix qu’ils reconnaissent entre mille et voix qui les appelle mais pas n’importe comment, qui les appelle par leur propre nom. « Les moutons connaissent sa voix et ne suivront pas un inconnu dont ils ne connaissent pas la voix. »

Le Christ te connaît toi, moi et encore toi par ton nom. Ce qui veut dire qu’il te connaît depuis ta naissance et qu’il ne te confond pas avec le voisin car il sait quel est ton nom, qui tu es, d’où tu viens et ce qui te rend unique. Voilà ce qui est beau et bon pour nous c’est de savoir que nous sommes uniques et c’est pour cette raison que Dieu nous a créés et voulus. Tu n’apportes pas, dans le monde, la même chose que ton voisin et c’est là toute notre richesse !

Alors quand Dieu perd ne serait-ce qu’un seul de ses moutons, il part tout de suite à sa recherche. Qu’il en ait 100, 1 000 ou un million, peu importe, il mettra tout en œuvre pour retrouver le mouton perdu ! « Et s’il parvient à le retrouver, nous dit Mathieu 18, amen, je vous le dis, il s’en réjouit plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne se sont pas égarés. » (Mathieu 18, 12-14).

Le berger est celui qui aime ses moutons, qui en prend soin et qui est pour eux la porte qui les guide vers un pâturage plus vert et plus paisible là où il y a de la nourriture et de la vie en abondance, nous dit notre texte.  

La Parole de Dieu est ainsi pour nous un point de repère que nous montre le Christ à l’aide de son bâton de berger. Un idéal, un objectif vers lequel aller, vers lequel lever les yeux comme une direction fondamentale pour notre vie. Pas toujours atteignable, pas toujours à portée de main, mais un point d’appui qui nous guide et nous maintient en équilibre et sans lequel nous ne pourrions accomplir des miracles.

Archimède aurait déclaré : « Donnez-moi un point d'appui, et je soulèverai la Terre. »

Sans ce point d’ancrage, nous ne tenons pas debout. Sans un point de repère visuel, le pilote d’avion ne peut pas voler dans la bonne direction. Sans un appui ferme sur ses jambes, le basketteur ne peut pas lancer son ballon vers le panier. Sans un appui sur sa perche, l’athlète ne peut pas effectuer son saut.

Avec ce bâton, notre Berger nous donne l’appui nécessaire pour avancer dans la direction de la bergerie là où il nous rassemble et nous conduit, là où se situe son Royaume. Car ce bâton peut aussi être un bâton de commandement, comme le sceptre qu’utilise un roi pour montrer à son peuple son autorité et sa puissance.

Voici une nouvelle fonction à notre bâton de berger : être un attribut royal.

Le Christ, en Bon Berger, étend sa main équipée de son bâton pour indiquer le droit chemin à son troupeau, troupeau de moutons que nous sommes, parfois « moutons de Panurge » qui suivons bêtement le voisin mais surtout un troupeau de moutons qui devons obéissance, respect et loyauté à ce berger-roi qui nous guide.

D’ailleurs, ne dit-on pas « être sous la houlette de quelqu’un » ? Cela tombe bien car justement notre Bon Berger tient dans sa main une houlette, le terme technique qui désigne le bâton de berger. Et la houlette est déjà un attribut royal depuis le temps des Pharaons.

La houlette est donc bien ce sceptre de justice, symbole de la puissance, de la dignité, de la royauté de notre Seigneur.

Mais le peuple de moutons que nous sommes est parfois dissipé, n’en fait qu’à sa tête et décide de voir si l’herbe n’est pas plus verte dans le champ d’à-côté… Alors, à ce moment-là, la houlette peut aussi servir d’instrument de punition lorsque le troupeau s’égare…

En préparant cette prédication, je me suis un peu penchée sur le dossier technique du bâton de berger. Et j’ai ainsi découvert que la houlette était un bâton qui portait à son extrémité une sorte de petite pelle, en forme de gouttière, à laquelle s’ajoute un crochet. La petite pelle sert notamment à creuser des mottes de terre que l’on peut lancer à un animal qui s’est éloigné du troupeau afin de le remettre dans la bonne direction, remettre la brebis égarée dans le droit chemin. Et le petit crochet, au bout du bâton, permet au berger de saisir l’animal par la patte arrière pour le ramener à lui afin de lui prodiguer un soin, par exemple. 

Vous voyez que ce bâton est tout à la fois ce qui peut punir les moutons intrépides qui s’égarent du droit chemin mais tout à la fois les sauver et les soigner.

Tout comme la Parole de Dieu qui n’est pas toujours facile à entendre, qui nous met en garde, nous recadre parfois quand nous nous endormons sur nos lauriers… Le berger peut aussi utiliser son bâton pour nous pousser en avant quand nous refusons d’avancer ou pour nous piquer afin de nous réveiller quand nous laissons notre foi s’endormir… Car la foi n’est pas une chose acquise une bonne fois pour toutes mais elle est le fruit d’un travail de chaque jour. Elle doit être alimentée, on doit en prendre soin, la faire fructifier par l’écoute de la Parole et par la prière communautaire.

Alors quand le chemin est long, semé d’embûches, de pierres qui nous meurtrissent les pattes, le Seigneur Berger vient à notre secours.

C’est là une nouvelle fonction essentielle du bâton de notre Bon Berger : nous porter secours.

Comme nous le rappelle Jésus, dans notre Evangile, de nombreux voleurs sont venus, ceux qui sont entrés dans la bergerie non par la porte mais par la fenêtre.

Trop souvent, nous sommes confrontés à ces tentations de suivre ces voleurs, d’écouter leurs belles paroles flatteuses et crédules, de croire à la facilité qu’ils nous vendent…

Alors le Christ est celui qui vient nous sauver de ces tromperies, tel le berger qui défend son troupeau face aux attaques de loups à l’aide de son bâton. Le Christ vient nous sauver et nous ramène à lui grâce à sa houlette, ce crochet par lequel il nous accroche la patte quand nous nous sommes perdus.

C’est pourquoi l’écrivain Paul Claudel qualifiait le Psaume 23 de « Psaume des convertis » : le Christ, le Bon Berger, est celui qui appelle de sa voix connue et rassurante tous les moutons, même ceux qui se sont perdus, ce troupeau vivant qui s’est égaré pour les emmener loin du mal et de l’erreur et surtout pour les guider vers la bergerie.   

Mais au fait, à quoi peut bien ressembler cette bergerie ? Sans doute qu’il ne s’agissait pas d’un grand bâtiment agricole avec une longue allée centrale pourvue de distributeurs de paille pour les animaux se trouvant tout le long… A l’époque de Jésus, la bergerie est une petite cour avec une clôture, en plein air, où les bêtes reposaient la nuit, surveillées par un portier, celui que l’on appelle le « gardien » dans notre texte. Et ce terme de « bergerie » signifie, en grec, la « cour », un terme utilisé habituellement pour désigner la cour du Temple à Jérusalem. Quand Jésus se présente comme la porte de la bergerie, il se présente donc comme la porte du Temple, c’est-à-dire le gardien de la maison de Dieu. Dans l’Evangile de Jean, Jésus se désigne souvent comme le chemin, le passage vers le Royaume de son Père. « Je suis le chemin, et la vérité, et la vie ; nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14, 6).

Sauf que les pharisiens qui écoutent Jésus ce jour-là ne comprennent rien, nous dit le texte. Normal quand on est docteur de la loi juive on met tout en œuvre pour respecter la Torah et ses préceptes dans le but de protéger le peuple d’Israël en l’enfermant. La loi juive est faite pour enclore les brebis d’Israël et ainsi les préserver de tout ce qui provient de l’extérieur et serait profane, impur et viendrait les souiller.

Au contraire, Jésus, durant toute sa vie, va proposer l’inverse : ouvrir la porte de la bergerie ! Et laisser paître ses brebis dans le monde. Et il n’est pas venu seulement pour les brebis d’Israël mais pour tout le troupeau universel afin de l’envoyer dans le monde, l’envoyer en mission à travers les différents pâturages, se multiplier et porter du fruit en abondance.  

Voilà la dernière fonction essentielle du bâton de notre Bon Berger : nous ouvrir un chemin de vie. 

Cela me fait penser à une dernière sorte de bâton que l’on appelle « brigadier », vous savez ce bâton utilisé au théâtre pour annoncer par 3 coups le début de la représentation.

A l’aide de son bâton, on pourrait dire que notre Berger frappe 3 coups - peut-être pour les 3 personnes de la Trinité qu’il représente - et cela nous ouvre un chemin vers le monde extérieur, vers notre prochain, et également un horizon vers son Royaume.

Moïse déjà, dans le livre de l’Exode (14, 15-31), avait levé son bâton devant la Mer Rouge afin qu’elle s’ouvre pour laisser passer son peuple au sec.

Ce bâton que Dieu a donné à Moïse c’est le bâton de la foi.

Comme dans certaines cultures, en Afrique notamment, on donne le bâton de la parole à son voisin pour qu’il puisse s’exprimer. Ici, c’est pareil, Dieu nous donne le bâton de la foi, pour marquer ce lien unique qui nous unit à lui. Ce bâton de la présence de Dieu nous rassure et nous permet d’affronter avec sérénité les situations complexes de nos vies.

 

Comme Moïse, ce bâton nous fait sortir de l’eau lorsque nous avons le sentiment de couler dans les tréfonds de l’océan du doute.

Comme le 100ème mouton perdu, ce bâton nous ramène avec fermeté et douceur dans le troupeau des vivants.

Comme le randonneur fatigué par la longue marche de notre vie quotidienne, ce bâton nous relève et nous donne espoir pour la suite du chemin.

Comme le disciple envoyé en mission, ce bâton nous ouvre, au grand air, vers tous les pâturages du monde.

 

Finalement, mes frères et sœurs, sans vouloir copier Justin Bridou, au lieu de dire : « Le bâton de berger, il n’y a pas d’heure pour en manger », je dirai plutôt :

 

« Sur le bâton de notre Bon Berger, il n’y a pas d’heure pour s’y appuyer ! » 

 

Amen.