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Opération porte ouverte

Prédication du dimanche 30 avril 2023, par Jean-Michel Ulmann

 

OPERATION PORTE OUVERTE

 

Prédication du dimanche 23 avril 2023

Lecture biblique : Jean 10, versets 1 à 10

 

Ce matin, nous avons passé cette porte. Dans une heure nous la repasserons. Nous sommes passés par ici, nous repasserons par là. La question qui se pose ce matin (ce soir), la question que je me pose, que je vous pose, est : après avoir lu, entendu et, un peu, réfléchi à cette histoire de porte, serons-nous les mêmes, serai-je le même en sortant ? Exactement le même, inchangé. Si la réponse est oui, alors, à quoi bon ?

Mais si je suis un peu changé, un peu dérangé, peut-être pas longtemps, pas bousculé mais un peu tout de même, alors là, oui, oui notre présence prend un sens. Autrement dit une signification et une direction.

 

Ces versets se situent au milieu de l’évangile de Jean, le quatrième et dernier évangéliste. Jean, celui que Jésus aimait mais aussi l’aigle de Patmos l’auteur de l’Apocalypse, pratiquait, semble-t-il, la haute voltige. Sous sa plume, Jésus, toujours mobile, intenable (la mobilité est dans son code génétique), va et vient, monte et descend, remonte entre attraction terrestre parmi les bergers, les brebis, les voleurs, les infirmes, la femme adultère, l’aveugle, bref la vie quotidienne et l’attraction céleste, lumière du monde, Dieu, fils, père, la vie en abondance. C’est majestueux. Toutefois ce métissage, à la fois humain et divin, semble poser des problèmes à son entourage.

Au moment où nous entrons dans ce chapitre 10, Jésus est à Jérusalem. Il y a un sacré remue-ménage. La scène se situe après la guérison de l’aveugle, en plein conflit entre Jésus et les responsables juifs qui l’insultent (pêcheur ! démon !) l’encerclent, le harcèlent. Le lapident. D’autant plus que sa côte de popularité ne cesse de croître au grand désarroi des pharisiens et des notables qui craignent pour leur autorité.  Ces derniers lui demandent de se proclamer Christ ouvertement et non plus en images. Défi, piège, l’interrogatoire est musclé.

 

Pourquoi tant de haine ? Avant l’épisode ovin, Jean raconte les bienfaits de Jésus, des miracles inexpliquées pour le commun des mortels mais pas pour Jésus qui parle de ses « œuvres », le cahier des charges de son Père (« Si vous ne croyez pas qui je suis, voyez ce que je fais : noces de Cana,  secours à la femme adultère, multiplication des pains,  guérison de l’infirme à la piscine de Béthesda, la guérison de l’aveugle né. Mais, ce ne sont pas les oeuvres qui inquiètent les pharisiens ; c’est que leur auteur prétende être fils de Dieu. Blasphème, sacrilège ! Ce qui est inacceptable pour les notables ce ne sont pas ses prodiges, c’est sa parole, et cela d’autant plus qu’il est suivi, rejoint, acclamé. Les pharisiens refusent que celui qu’ils attendaient, le messie, soit arrivé.

Jésus s’étonne et leur retourne la question : « Je vous ai fait beaucoup de belles œuvres qui me viennent de mon père. Pourquoi me lapidez-vous ? » Les pharisiens lui répondent : « Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un être humain tu te fais dieu ». Délit d’opinion aggravé par une popularité croissante est inacceptable.

 

 

Mais il ne renonce pas. Il reprend comme un maître qui ne se lasse pas d’enseigner.  Revenons donc à nos brebis.

Pour se faire comprendre, Jésus emploi cette allégorie pastorale. Pas par hasard. Les bergers, les bergeries, font partie de l’environnement banal à l’époque et, souvenez-vous David, son lointain parent, a été berger avant d’être roi. Toutefois le berger est mal vu. Dans la société juive de l’époque, les bergers étaient carrément perçus comme des vagabonds et des brigands. Ils étaient inscrits sur la liste noire par les autorités religieuses du fait qu’à bien des égards, ils contrevenaient à la Loi. Tout d’abord, ces éleveurs et gardiens de troupeaux de moutons n’étaient pas nécessairement disponibles pour observer le sabbat, sacrilège ultime en soi. Ils ne pouvaient, non plus, intégrer tous les rituels d’ablutions requis par la Loi, ce qui, en conséquence, leur valait d’être considérés comme impurs. Or, vous le savez, Jésus tisse un lien particulier avec les exclus. Les bergers (et les collecteurs d’impôts) deviennent en quelque sorte un prototype de tous ces marginalisés qui occuperont une place spéciale dans la mission de Jésus. Il ira même jusqu’à endosser l’image du berger, qui se fait rassembleur de son troupeau et qui veille sur lui.

Avouons-le, Jésus avait de mauvaises fréquentations. De ce fait, ces premières lignes nous invitent déjà à porter un autre regard sur les marginaux ?

Employer cette image est donc une provocation. Résultat : elle a pour effet de brouiller encore un peu plus les pistes. Comme si Jésus était tellement humain qu’il lui arrive de faire des erreurs de communication. Nous pouvons donc comprendre que les pharisiens, tout comme ses disciples, aient du mal à le suivre. La porte est étroite. Tour à tour, nous l’avons rencontré agneau, le voilà berger, Fils de l’homme, JE le suis, bientôt la porte, plus tard le cep de son père, sarment.  Cette histoire de porte appelle des clefs. Ceux à qui Jésus s’adresse, n’en sont pas équipés. Et quand on ne se comprend pas, on se fâche, on s’affronte, on se tue.

 

 

En dix versets Jésus une fois encore, dénonce, alerte et annonce. Il dénonce ceux qui entrent par effraction. Les charlatans de Dieu, ceux qui trompent, égarent, égorgent. Ceux qui confisquent Dieu, empêchent d’entrer mais aussi de sortir du droit chemin. Les gardiens qui contrôlent et interdisent d’entrer sans carte de fidélité. Les geôliers qui bloquent la sortie, interdisent d’aller voir ailleurs ; Jésus se dresse et affirme : Les hors la loi, ce n’est pas moi et mes amis, se sont eux, les pharisiens, les juges ; ce sont eux les hommes de mauvaise foi. Entrer par la porte c’est passer par Dieu. Les mauvais bergers entrent par effraction, manipulent, vous terrorisent, vous jugent, condamnent. Au mieux inquisiteurs, au pire bourreaux. Le bon berger, lui, vient à la rencontre de ses brebis comme Jésus vient à nous. Il vient à elles, il les appelle par leur nom, il les fait sortir pour les conduire vers les verts pâturages, il entre et sort, il y a cette mobilité, cette libre circulation donnée par Jésus en opposition aux vip religieux dogmatiques et sclérosés. Pour Paul les juifs sont les esclaves de la lettre alors que le Seigneur est Esprit et, précise Paul, « là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. »  Il est commun aujourd’hui de penser qu’il faut choisir entre plus de sécurité et moins de liberté et inversement. La confiance que nous avons en Jésus, son amour et son pardon, nous donne plus de sécurité et plus de liberté.

 

Christ pour nous n’est pas un étranger (un inconnu), il est profondément humain, frère, ami. Aimé de ses brebis qui le reconnaissent et lui font confiance. Il marche devant elles en éclaireur (Lumière du monde ch 9). Elles reconnaissent sa voix. Rappelez vous, au tombeau , Jésus appellera Marie par son nom c’est alors, alors seulement, qu’elle le reconnaîtra. La foi c’est peut-être cela, se sentir appelé par son nom. 

 Jésus vient nous chercher là où nous sommes. Il est passé par la porte. Dieu lui a fait franchir pour qu’il vienne jusqu’à nous. Et qu’il vienne pour faire sortir à la lumière, (comme il fait sortir Lazare, relève le grabataire, ouvre les yeux de l’aveugle) Il ne vient pas chercher un troupeau. Il appelle chaque brebis une par une par son nom. Il n’est pas un surveillant, un gardien un geôlier, un agent pénitentiaire. Il est le libérateur. Il conduit une transhumance c’est-à-dire, un voyage aller et retour. Mais au retour, nourris, grandis, fortifiés, ses brebis ne sont plus les mêmes. Il donne la vie en abondance.

 

Jésus leur dit cette parabole mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait.

 

 

 

AU verset 7 Jésus passe alors de la troisième personne à la première, du  Il au Je. Il  abandonne la parabole énigmatique qu’ils ne comprennent pas  (les disciples) Il dit Je suis la porte. Il y a ainsi une montée crescendo jusqu’à la révélation chapitre 15: « Mon Père et moi, nous sommes un ». Nous avons à faire à ce qu’en terme commerciaux on appellerait Etablissement Dieu, père et fils et bientôt Saint Esprit, entreprise à succursales multiples. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ».

 

Dans le passage qui nous retient il devient la porte, non plus celui qui passe par la porte, mais la porte elle-même. Jésus le passage (le pas sage)

 

La Porte ? Arrêtons-nous un instant à la porte. Dans certaines régions, les bergers assemblaient des pierres pour faire les murets d’un enclos, y laissant une ouverture. Le soir, après avoir fait entrer ses moutons, le berger se couchait à l’entrée de l’enclos. Il faisait fonction de porte. Le berger est la porte, à la fois protecteur et libérateur. Jésus exprime sa mission de salut : il est venu pour faire sortir à la lumière (Lumière du monde dans le prologue). La vie en abondance. Porte, lieu de passage vers le Père, image de la liberté.

Cette porte est à double sens, à double battants. Dans un sens elle permet à Dieu en Jésus de rejoindre les hommes. Dans l’autre, elle permet aux hommes de sortir de leur enclos. Sortir de l’enclos comme les hébreux sortirent d’Egypte, comme Abraham sortit de Canaan avec tous les siens, comme Jésus sortit du tombeau. Jésus est celui que ne se laisse jamais enfermer, même dans un tombeau.

 

C’est pourquoi à la lecture de ces versets la question n’est pas seulement : « que dit le texte ? ». La question est « que fait ce texte, quel effet a-t-il sur nous ? » Ne soyons pas comme ces constructeurs automobiles dont les spots publicitaire encouragent à acheter leurs nouveaux modèles formidables mais vous incitent à ne pas vous en servir (privilégiez les transports en commun ou la bicyclette). Ca n’a pas de sens. Donc que fait ce texte ? Il prévient, dénonce, alerte, annonce et réjouis ».

L’opposition entre le bon pasteur et les bergers brigands qui viennent sans passer par la porte (par Dieu) pour égorger les brebis nous parle de ceux qui ont suivi les criminels, ceux qui ont adhéré, soutenu, collaboré. Cet enclos nous parle des ghettos où  étaient parqués les juifs et tous ceux qui résistaient à l’occupant, victimes des rafles pour leur confession, leurs choix politiques, ceux que les nazis, ont déporté dans des wagons à bestiaux vers les enclos de la mort. Certains en sont revenus mais on ne les a pas cru alors ils se sont tus. Ils sont restés derrière la porte de leur malheur, murés dans le silence. C’est pourquoi nous ne devons pas les oublier.

Les mauvais bergers ne manquent pas. Les troupeaux manipulés et versatiles non plus. La foule qui acclame Jésus à son entrée dans Jérusalem est la même que celle qui criera « A mort !» Quant aux brebis martyrisées, déportées, elles se comptent par millions, hommes, femmes et enfants.  

Aujourd’hui, encore, jour du souvenir des victimes de la déportation, ces lignes se heurtent à leur destin tragique. Elles se dressent entre celui qui emporte et ceux qui déportent. Les bourreaux qui refusaient de nommer, de reconnaître l’humanité des juifs, qui les numérotaient dans leur chair comme pour mieux les mener à l’abattoir. Elles nous alertent. Comme pour l’aveugle guéri, elles nous ouvrent les yeux.

 

La mobilité, la transhumance, l’ouverture des portes est au cœur de l’enseignement et de la vie de Jésus. Le comportement fermé des pharisiens face à Jésus est toujours une tentation, même pour les églises. L’enclos de nos conformismes, de nos préjugés, de nos peurs, nous renferme sur nos mêmes.  « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme perverse, disait Péguy, c’est d’avoir une âme habituée ».

Que fait ce texte ? Il dérange un peu ceux qui sur la poignée de leur porte accrochent un petit écriteau sur lequel est écrit : « Do not disturb ». Ne pas déranger.

Jésus nous demande de vivre à coeur ouvert. Il vient nous remuer, nous bousculer. Ils nous invite à mettre le nez dehors. Son amour inconditionnel ouvre vers de belles échappées.

Jésus, le bon berger, vient à nous pour nous conduire sur le chemin de la vérité et de la vie. C’est la bonne nouvelle.

 

Alors, peut-être est-il temps, à notre tour, d’ouvrir à celui qui frappe à notre porte pour prendre le repas avec nous.

« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi ». (Apocalypse 3 ; 20)

Cette parole nous porte. Soyons ses porte-parole.

Amen