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Quoi de neuf ?

Texte de la prédication du dimanche 15 mai 2022 par Jean-Michel Ulmann

Dimanche 15 mai 2022

Lecture biblique : Apocalypse 21, versets 1 à 5

                           

Quoi de neuf ?

 

La lecture de la Bible s’achève avec le livre de l’Apocalypse (22 ch). C’est le livre par excellence de l’espérance. » peut-on lire chez les bons auteurs. Toutefois, quand on cherche un synonyme d’apocalypse on tombe sur fin du monde. Ce qui atténue l’enthousiasme. Mais en ouvrant la Bible, en sous-titre de l’Apocalypse, est écrit Dévoilement. Donc pas fin du monde mais, peut-être, fin d’un monde.

Ce n’est donc pas,  « Apocalypse », point final mais plutôt, Dévoilement , fin et suite ; Fin de quelque chose commencement d’autre chose.

 

 

 

IDENTITE DE JEAN

Mais alors qui était donc cet écrivain ? Jean avait plusieurs pseudonymes. Il est dit le Visionnaire, le révélateur, le Divin, le Théologien et, bien entendu, L’Aigle de Patmos. Le Jean de l’Apocalypse est-il celui des lettres et celui des lettres est-il celui de Evangile ? Les experts en ont beaucoup débattu. Aux dernières nouvelles il pourrait s’agir du même homme. A l’appui de cette hypothèse, le style  inspiré, épique, un style qui a du souffle, je dirais même plus époustouflant, va dans ce sens. Quoi qu’il en soit, Jean n’est pas seulement le témoin, le secrétaire particulier, le greffier de Dieu. Jean est le librettiste de ce chef d’œuvre d’art lyrique, un oratorio dantesque. Nous sommes bien loin du «murmure de la brise légère » dans laquelle le prophète Elie entend la voix de Dieu. Mais enfin les voix(ies) du Seigneur sont mystérieuses.

Clément d’Alexandrie (philosophe grec chrétien, Père de l’ Eglise 150-215) remarque : « Voyant que les autres avaient seulement relaté les faits matériels, Jean, le dernier de tous, encouragé par ses amis et divinement inspiré, écrivit l’évangile spirituel. » Jean prend de la hauteur. N’est-il pas l’Aigle de Patmos ?

Son compère, Origène, le théologien grec d’Alexandrie, avertit vers l’an 200 : « Nul ne peut en saisir le sens s’il n’est renversé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus, Marie, pour mère ». Même en confiant Marie aux bons soins de nos amis catholiques, cet avis tient lieu d’avertissement. Avis aux amateurs.

 

Face à cette lecture je me suis tourné vers mon petit-fils (12 ans) pour avoir son avis sur ces cinq versets. Sa réponse tient en deux mots: « Trop cool ! » Pour un familier de Harry Potter et du Seigneur des anneaux, ces lignes n’ont rien d’étonnantes ou d’hermétiques. Passer de cinq versets à trois n’arrangeait pas mes affaires. Mais encore ? « C’est super ». Mieux : nous passions du zen au carburant. Mais c’était encore un peu court pour son grand-père..

 

 LE CONTEXTE

 

Tant qu’à faire laissons-le se présenter lui-même (Apo 1 ; 9-10) « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’oppression et la royauté et dans la résistance en Jésus, je me suis trouvé en l’île qu’on appelle Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus inspiré au jour du Seigneur et j’entendis derrière moi une grande voix telle une trompette : « Ce que tu vois commence à l’écrire dans un volume et envoie-le aux sept communautés : à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie, à Laodicée. »

 

ETAT DES LIEUX

Au moment où Jean écrit, les communautés chrétiennes, que ce soit citées sont minoritaires. Les chrétiensd’Asie Mineure ne font pas le poids au regard du pouvoir économique de l’empire et des influentes communautés juives de ces régions. De plus, les chrétiens ont fort à faire sur le plan religieux. L’équipe olympienne, Apollon, Artémis, Esculape fait recette et ces champions figurent parmi les célébrités indéboulonnables de l’époque. Enfin, il n’est pas une des villes des sept communautés auxquelles Jean s’adresse qui n’ait son temple dédié à la déesse Rome ou à l’un des empereurs romains. À Éphèse, où Jean réside régulièrement, Domitien fait construire un Temple imposant ainsi qu’une statue gigantesque le représentant. C’est dans ce contexte tourmenté qu’est écrit, en 95, le livre de l’Apocalypse (Dévoilement de JC) . L’heure est grave ; elle n’est pas aux compromis. Jean ne va pas rédiger un bulletin paroissial, ou une circulaire conciliante, et un rien hallucinogène. Le titre annonce plutôt une proclamation, un manifeste « Dévoilement de Jésus Christ ». Dans une atmosphère surnaturelle cela sonne comme une révélation, voire une révolution.

 

 Jean se donne ou plutôt, reçoit, la mission de fortifier la foi de celles et de ceux qui sont livrés à la mort à cause de Jésus en qui ils ont mis leur confiance ? Les chrétiens soumis à la violence pensaient au retour imminent du Christ. Or, ce retour se fait attendre. Une menace bien plus grande que la mort pèse sur les croyants : croire que le Ressuscité a abandonné ses amis aux forces du mal. C’est dire s’ils ont besoin d’un réconfort. Jean va soutenir ses frères et ses sœurs éprouvés en leur révélant l’au-delà de l’Histoire. En Jésus toute l’Histoire est accomplie. Le mal est vaincu. Un monde nouveau est déjà né et Jean en est le révélateur.  Il leur dévoile cette bonne nouvelle. C’est pour eux -les déçus du Christ- que Jean écrit ce livre qui proclame : « Dans la mort et la résurrection du Christ , le Salut est déjà donné à tout homme dans l’amour du Christ ».

 

Le texte est donc à la fois enraciné dans l’actualité de son époque et adossé aux fondements de l’espérance chrétienne. Jean n’est ni un illuminé en quête par des paradis artificiels, ni un bonimenteur vantant une panacée spirituelle et universelle. C’est un résistant, un écrivain résistant.

 

Nous en connaissons d’autres et plus récents :

Celui-là par exemple:

 « Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir (..).
Du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

Robert Desnos, 1942

Plus récent sans doute mais pas plus proche.

 

 Aux antipodes de l’ésotérisme, Jean prend le parti de lever le voile sur la réalité tragique du monde présent pour faire apparaître la lumière qui émane de la victoire du Christ ressuscité sur la mort, le deuil, la douleur. Un Christ aimant.

 

1ère NOUVELLE: IL VIENT A NOUS

 

Ce livre, les communautés chrétiennes ont voulu le placer en conclusion de la Bible, en écho à ses premières pages, consacrées à la genèse du monde. En miroir de la Genèse, l’Apocalypse s’achève sur une parole de création et de recréation : « Voici je fais toutes choses nouvelles »

Il envoie ce merveilleux faire-part de mariage, cet évangile, annonçant la noce de Dieu et des hommes.

 

QUOI DE NEUF ?

 

Si l'on considère la Bible du point de vue de ce qui est « nouveau », nous verrons qu'elle est pleine de déclarations de Dieu faisant des choses nouvelles, à commencer par la création du monde à partir de rien (qu'est-ce qui pourrait être plus nouveau que cela ?), au travers de nouvelles interventions répétées dans l'Histoire de l'humanité. Quelques exemples : l'appel d'Abraham, la sortie de tout un peuple de la captivité en Égypte, le don d'une alliance entre Dieu et les êtres humains. Et puis vint l'événement le plus inconcevable de tous les temps : Dieu lui-même devient un être humain, Il entre dans la création et par Sa mort sur la croix et Sa résurrection de la tombe, Il donne le signal d’un nouveau départ spectaculaire. La voie pour un tout nouveau début est ouverte à tous ceux qui sont prêts ; c'est si radical que la Bible parle effectivement d'une nouvelle naissance, d'un nouvel être humain.

 

Un nouvel être humain ? Est-ce possible. Rappelez-vous : « Or, il y avait parmi les pharisiens un homme du nom de Nicodème, un chef des Juifs. 2 Il vint de nuit trouver Jésus. 3 Jésus lui répondit: «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, personne ne peut voir le royaume de Dieu.»
4 Nicodème lui dit: «Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le ventre de sa mère et naître?» 5 Jésus répondit: «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (Jean 3.1)
 

Il y a des précédents :

2 Corinthiens 5:17

« Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles ».

« Ceux qui mettent leur espoir en Lui renouvelleront leur force » (Ésaïe 40:31).  « Le Seigneur fait de nouvelles choses et nous dit des choses nouvelles » (Ésaïe 42:9, 43:19, 48:6). « Il donne à son peuple un nouveau nom » (Ésaïe 62:2) ;). « Je vais vous donner un cœur nouveau, mettre dans voter poitrine un souffle nouveau », Jérémie 31:31 Nous sommes nés de nouveau (Jean 3:3). On pourrait multiplier les à l’infini les nouveautés bibliques.

 

TOMBE DU CIEL

Le plus extraordinaire est que l’héritage promit, la nouvelle Jérusalem, celle qu’en vain les hommes ont essayé, essayent et essayeront de construire de leurs mains, tombera littéralement du ciel. Image de la grâce de Dieu. Il ne nous est pas demandé de la construire cette cité nouvelle, mais de la recevoir. Ce n’est pas un rêve que nous sommes invités à caresser, mais une réalité que seule notre foi est capable de percevoir.

« La ville, la sainte Jérusalem nouvelle, je la vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, apprêtée comme une fiancée, parée pour son époux ». (Les fiancés de Chagall).

En quelques mots, Simone Weil, la philosophe, l’exprime avec conviction : «L’idée d’une quête de l’ homme par Dieu est d’une splendeur et d’une profondeur insondable. Il y a décadence quand elle est remplacée par l’idée de la quête de Dieu par l’homme ».

 

 

Comment faire du nouveau ?

Pourtant, en regardant la situation dans laquelle le texte a été écrit, mais aussi quand nous entendons ce texte dans notre contexte actuel, quand nous lisons les nouvelles, ces lignes semblent absurdes. Notre monde n’est pas le royaume de Dieu, loin de là.  La terre est la même avec ses nombreux problèmes. La mort existe toujours ; la cruauté et la violence sont bien réelles.  Le deuil, les cris, les peines et les larmes sont bien existants. Les vieilles choses et problèmes non résolus continuent à exister et à plomber parfois nos jours. Oui, nous savons bien que toutes choses ne sont pas nouvelles. Avec la foi ne fonctionne pas comme une appli ou un tutoriel qu’ils suffirait d’actionner pour effacer tout ce qui est derrière nous et tout ce qui nous préoccupe aujourd’hui.

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Mais alors c’est peut-être l’angle du regard qui change avec la foi, la lumière dans laquelle nous voyons notre vie et notre réalité. L’apocalypse n’est pas une parole de doux rêveurs ; c’est plutôt une sorte de profession de foi fortement marquée par l’espérance, et une compréhension autre du monde et de la réalité. Nous pouvons regarder notre monde sous la lumière d’une espérance qui change et qui engage en même temps !  A la place de voir tout de notre seul point de vue, basé sur nos efforts et nos forces de changer, notre incapacité, nos échecs et nos erreurs…, nous pouvons nous voir et reconnaître sous le regard aimant de Dieu, comme des êtres nouveaux, habités par son Esprit et sa force, changés par lui dès maintenant, comme le dit l’apôtre Paul dans sa deuxième épître aux Corinthiens 5,17 : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ».

Le défi est de vivre ici comme des habitants de la Jérusalem nouvelle (Ap 21,2), c’est à dire, non pas fuir loin de la réalité des villes humaines mais les habiter en témoins d’une autre réalité. Les « nouveaux cieux » et « la nouvelle terre » (Ap 21-22) sont création de Dieu.  Nous ne pouvons rien forcer par notre activisme, mais nous pouvons habiter ce monde de Dieu en le traduisant par nos actes d’espérance, de tendresse et de joie partagées. De nouveaux chemins deviennent possibles. Notre situation si désespérée qu’elle puisse parfois paraître, n’est pas bloquée. Dieu nous dit qu’il y a toujours quelque chose de possible !

 

Ces cinq versets ne nous incitent donc pas à nous laisser aller dans une indolence providentielle ou à nous abandonner dans un lâcher-prise bien commode. Ce n’est pas ce qui nous est écrit. En 2017, à Strasbourg, au cours d’un débat avec un prêtre catholique, le pasteur François Clavairoly (président de la Fédération protestante) a expliqué que l’église réformée c’est le passage du « que dois-je faire pour être sauvé ? » catholique au « que puis-je faire de ce salut, cette grâce que j’ai reçue ? ».

 

D’une certaine façon, ces lignes s’inscrivent dans notre projet « Quelle église voulons-nous vivre ? ». La réforme a construit une église nouvelle. Et l’église réformée se réforme sans arrêt (ou presque) autrement dit, elle se renouvelle. Se renouveler pour progresser dans la compréhension de l’Evangile, sa transmission et, d’abord, dans la manière de le vivre. Ce qui, parfois, peut être périmée c’est la façon de le transmettre. Luther en traduisant le nouveau testament, en utilisant l’imprimerie, outil inédit de reproduction fait du nouveau. Il ne triche pas en faisant une contrefaçon. L’Evangile reste la Bonne Nouvelle, mais il amplifie son rayonnement et en permet le libre accès. La Parole ne peut pas vieillir, puisque c’est une parole d’espérance et de confiance. Dieu a toujours un coup d’avance sur nous.  C’est notre église qui doit être attentive à rester de son temps pour transmette de nos jours son message intemporel.  Les partitions de Bach sont à jamais ce qu’elles sont. On a beau écouter Bach sur un smartphone, -ou à l’accordéon, ça reste Bach mais les outils de diffusion ont changé pour être entendues par des oreilles d’aujourd’hui et , surtout, pour essayer rapprocher de mieux en mieux de la volonté, du projet du créateur-compositeur. Lui être fidèle.

 

 

Que ton règne vienne

Enfin, il me semble que ce chapitre décrit l’accomplissement, la réalisation du Notre Père : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » . Le règne de Dieu est déjà présent quand nous commençons à le vivre en nous, entre nous et autour de nous. On pourrait écrire que ta volonté soit « fête ». C’est la bonne nouvelle représentée par le repas auquel nous invite notre Seigneur, un repas de noce. Une nouvelle toujours nouvelle et vraiment bonne puisqu’elle nous rappelle cette éternelle déclaration d’amour : « Aimez- vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Amen