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En son nom

Prédication du dimanche 25 janvier 2026, par Loup Cornut

 

« En son nom »

Prédication du dimanche 25 janvier 2026, par Loup Cornut

 

Lectures bibliques :

  • Matthieu 4, versets 12 à 23
  • 1Corinthiens 1, versets 10 à 17

 

 

Pas en mon nom ! C’est ce qu’affirme l’apôtre Paul dans les quelques versets que nous venons d’entendre. Ce n’est pas en mon nom, affirme-t-il aux membres de la communauté de Corinthe. C’est ce n’est pas en mon nom que vous avez été baptisés. Ce n’est pas en mon nom que vous avez reçu le baptême. Paul tient à rétablir la vérité : s’il est bien le fondateur de la communauté de Corinthe, s’il a baptisé quelques-uns de ses membres, ce n’est pas en son nom à lui qu’il l’a fait.

« Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est-ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ? 14Je rends grâce à Dieu de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. 15Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. 16– Si, j'ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j'ai baptisé quelqu'un d'autre. »

Il admoneste les chrétiens de Corinthe : s’ils ont été baptisés, c’est bien au nom du Christ et non pas au nom de celui qui a pratiqué les gestes du baptême.

Certains membres de la maison de Chloé, rapportent que plusieurs d’entre eux revendiquent d’avoir été baptisés au nom de tel ou tel membre : « Moi j’appartiens à Apollos ! et moi à Céphas ! » Ces revendications ulcèrent Paul. Et on le comprend.

Lui, l’homme qui a connu une brutale conversion à ce qui ne s’appelait pas encore le christianisme, se veut un défenseur zélé de la foi. Il l’écrit d’ailleurs : « le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ».

C’est bel et bien au nom du Christ que Paul a agi et qu’il agit encore.

Au nom de l’appel reçu au moment de sa conversion, Paul s’est fait pour mission de sillonner le Bassin méditerranéen et d’y essaimer des communautés. Il reste quelques temps dans une ville, prêche la Bonne nouvelle de Jésus-Christ et forme ainsi les germes d’une communauté à laquelle il laissera ensuite le soin de grandir loin de lui.

Mais loin des yeux ne veut pas dire loin du cœur, encore moins pour Paul ! Il veille sur ces communautés récentes comme un parent jaloux. C’est d’ailleurs grâce à ce lien étroit qu’il s’efforce d’entretenir avec les différentes communautés que nous disposons de tous les textes que nous désignons aujourd’hui sous le nom « d’épitre ». Ces épitres sont des courriers que Paul adressait aux communautés pour répondre à des questions théologiques ou pratiques (les deux étant souvent intimement liées) pour les aider à dépasser des situations conflictuelles.

Et c’est bien ce qui se passe dans la communauté de Corinthe. Je parle de communauté de Corinthe mais il s’agit d’une appellation très générique pour parler d’un petit groupe de personnes, regroupées dans la maison de Chloé. Dans l’antiquité, lorsque l’on parle de maison, il ne s’agit pas uniquement des habitants d’un lieu, au sens d’une maisonnée mais d’un groupe plus vaste, incluant les membres de la famille, les serviteurs et différentes personnes gravitant autour du lieu.

Ce qui fait que Paul s’adresse à eux comme à un tout, c’est qu’ils forment une communauté. Une communauté qu’il a initiée lorsque ses membres se sont convertis. Cette « maison », nous disent les commentaires du texte, cette communauté, était composée de juifs et de grecs convertis à la Bonne nouvelle de Jésus Christ. Ils étaient d’origine religieuse et sociale différentes mais ils reconnaissaient tous Jésus Christ comme le Seigneur. Et c’est en son nom qu’ils se réunissaient.

Cette formule « reconnaitre Jésus Christ comme le Seigneur », nous est familière. Nous pouvons la prononcer lorsque nous célébrons la sainte Cène pour affirmer que, pour participer, le seul critère n’est pas celui de l’appartenance à une Église mais celui de reconnaitre le Christ comme le Seigneur. C’est aussi la « case à cocher » dans le formulaire d’inscription dans une paroisse pour y être « membre électeur ».

Je souhaite en outre participer fidèlement au service de l’Evangile, à la vie matérielle et financière de l’Eglise, ainsi qu’à son gouvernement (notamment voter à l’assemblée générale).

Ayant pris connaissance des articles […] reconnaissant que « Jésus-Christ est le Seigneur » ;je demande également mon inscription comme « membre de l’association cultuelle ».

Ce qui compte, c’est de reconnaitre Jésus Christ comme le Seigneur.

C’est cette confession de foi qui nous unit. C’est au nom de cela que nous nous tenons nous aussi ensemble, dans ce temple, aujourd’hui. Si nous sommes ici, c’est en son nom.

Et ne nous trompons pas : ce qui fait la communauté, ce n’est pas uniquement le baptême, c’est la confession de foi que chacun peut énoncer de façon personnelle.

Paul le dit bien : le Christ ne l’a pas appelé à baptiser mais à annoncer la Bonne nouvelle.

Alors donc, pourquoi garder le baptême ? Le baptême marque une entrée symbolique dans la communauté. Dans l’Église protestante unie de France, on pratique le baptême des enfants ; ce qui n’est pas le cas de toutes les Églises protestantes, dont certaines ne baptisent que les adultes. Lorsqu’il s’agit d’un enfant, il est célébré à la demande des parents. Et, comme l’enfant est trop jeune pour pouvoir affirmer sa foi, la liturgie a prévu une très belle formule. Lorsque nous célébrons un baptême d’enfant, nous affirmons :

« Par ce baptême, nous attestons qu'il/elle est enfant de Dieu.

Il/elle est ici chez lui/elle, vous êtes sa famille spirituelle.

Vous lui accorderez, ainsi qu’à sa famille,

le soutien de votre prière.

Aucune contrainte ne le/la retiendra dans la communauté

chrétienne mais, s'il/elle vient à s'en séparer,

vous affirmerez qu'il/elle peut toujours y retrouver sa place.

Vous serez ainsi pour lui/elle

des témoins de l’amour de Dieu.

Ce sera notre joie qu’il/elle confesse un jour

que Jésus-Christ est le Seigneur. »

 

Nous affirmons là que sa place lui restera toujours réservée dans la communauté et notre espérance qu’il reconnaisse, à son tour « le Christ comme le Seigneur ».

Sa place lui sera réservée car nous nous tenons tous là au nom de celui qui nous y invite et nous y accueille : notre Frère, le Christ.

 

 

Mais Paul, aussi véhément soit-il, nous met peut-être sur la piste d’un écueil qui nous guette nous aussi : au nom de qui nous réunissons-nous ? Au nom de qui, de quoi, est-ce que je me sens comme faisant partie d’une communauté ? pourquoi, notamment dans une ville comme Paris où les paroisses sont multiples et diverses, je me sens appartenant à une communauté plutôt qu’à une autre ?

 

Il nous faut faire ici attention aux mots : la communauté peut aussi bien être la communauté locale, c’est-à-dire la paroisse, que la communauté des croyants. Et je me demande si, parfois, nous ne faisons pas un raccourci qui nous arrange. Faire partie de la communauté, c’est faire partie de la paroisse que je fréquente tous les dimanches, ou un peu plus si je participe à des activités, ou un peu moins si j’en n’ai ni le temps ni l’envie. La communauté c’est la communauté physique que je rejoins lorsque je souhaite vivre un temps ecclésial. Mais ne rejouons-nous pas alors ce que Paul reproche aux Corinthiens ? N’aurions-nous pas aussi la tentation d’appartenir à celui-ci ou à celui-là ? Je pense aux formules que nous pouvons avoir pour dire que nous appartenons à la paroisse de « Pentemont », à celle du « Luxembourg » ou à celle d’une autre Église locale. Serions-nous attachés à un pasteur ? à une façon d’annoncer la Bonne Parole ? à un type de pratique liturgique ?

Cette question, je me la pose aussi : pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, je fais partie de la paroisse de Pentemont-Luxembourg plutôt que d’une autre ? Je n’ai pas grandi à Paris, ce n’est donc pas ma paroisse « d’origine ». Mais, c’est vrai, j’y suis venue, il y a un peu plus de 10 ans, par ce que je connaissais l’un des pasteurs et que je l’appréciais. Mais il ne me serait pas venu à l’idée de dire que je fréquentais la paroisse « en son nom » ! Toutefois j’y ai trouvé une ligne théologique qui m’a convenu, une façon de faire communauté, notamment par l’accueil des nouveaux, qui m’a touchée. Je m’y suis sentie bien, entourée de paroissiens dont je percevais qu’ils vivaient leur foi de manière assez proche de la mienne.

Mais est-ce cela faire communauté ?

Est-ce faire le choix de se retrouver dans un cadre confortable parce qu’il correspond à mes habitudes, parce qu’il répond à mes attentes et que les personnes que j’y retrouvent me ressemblent un peu ? Si je me rappelle que c’est au nom du Seigneur que des croyants se retrouvent et prient, alors ces habitudes n’affadissent-elles pas l’action de celui au nom duquel nous nous réunissons ?

Si nous retournons au texte, nous voyons avec quelle virulence Paul attaque ce risque de tiédeur : « Car le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. » « La croix ne doit pas être vidée de son sens… » Pour Paul, c’est tout l’enjeu de la mort ignominieuse du Christ qui se rejoue dans l’engagement de chacun.

Reconnaître le Christ et faire communauté en son nom appelle un engagement total et radical. Et ce, quelle que soit notre origine, notre culture, notre tradition. Il le dit aux membres de la communauté de Corinthe. C’est une communauté qui grandit vite et qui est principalement composée de membres d’origine modeste (grecs et autres croyants d’origine païenne) Le mélange des juifs et des Grecs va rapidement susciter des difficultés, provoquer des tensions dans la vie communautaire. Car chacun arrive avec ses références spirituelles (la Loi, notamment les juifs ; les cultes de multiples divinités pour les païens) et il va falloir trouver un terrain commun pour tous. Le terrain commun, me direz-vous est le fait de s’être converti au christianisme. Mais est-ce si simple ?

Comme je le disais, il n’est pas si simple de faire communauté. Et notre commune confession de foi n’y suffit pas toujours.

Corinthe était une très grande ville, mondialisée pourrait-on dire, comme l’étaient déjà un certain nombre de villes du bassin méditerranée. En cela, elle ressemblait à nos capitales et grandes villes actuelles : des villes bouillonnantes de vie, riche du brassage des populations qui la composent. Et la communauté devait se construire en agrégant les différences de ses membres. Il ne s’agit ni de les nier, ni de les dévaloriser. Il faut les reconnaitre, les entendre et leur faire une place.

C’est un défi auquel sont confrontées nombre de communautés locales aujourd’hui. À tel point que la région parisienne de l’EPUdF a créé un poste sur l’interculturalité. Il s’agit d’accompagner les communautés à interroger leur fonctionnement et à le faire évoluer pour que tous les nouveaux venus s’y sentent aussi chez eux. Quitte à renoncer à des habitudes, quitte à innover en adaptant la liturgie, quitte à chanter autrement. Oui, nous sommes dans une situation similaire aux membres de la communauté de Corinthe. Dans cette communauté, certains membres étaient bien installés socialement, apparaissant comme des « leaders naturels » pour la communauté. Nous pouvons avoir cette tentation avec des membres de longue date, sur lesquels on peut compter, sur lesquels on peut s’appuyer pour faire vivre la communauté. Oui, mais les nouveaux ? les « plus petits » ? Comment le faire une place ?

En nous rappelant, sans cesse et toujours que ce n’est pas en notre nom propre que nous agissons dans l’Église. Ce n’est pas en notre nom que nous faisons communauté. Nous ne faisons communauté qu’au nom de celui qui nous accueille, au nom de celui qui a posé bien avant notre naissance un regard d’amour sur notre vie, au nom de celui qui fait de nous des frères et des sœurs sans aucune distinction, au nom de celui qui, sur la croix, a donné sa vie pour nous.

Nous ne faisons communauté qu’au nom du Seigneur Jésus Christ.

Amen.