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Vers une sobriété chrétienne ?

Prédication du dimanche 18 janvier 2026, par la pasteure Helena Vicario.

 

Vers une sobriété chrétienne ?

Prédication du dimanche 18 janvier 2026, par la pasteure Helena Vicario.

 

Lectures bibliques :

  • 2 Samuel 11, versets 1 à 17 et 22 à 27
  • 2 Samuel 12, versets 1 à 7 et 13

 

Cette histoire que nous avons rappelée n’appartient pas aux grands classiques de l’écologie chrétienne. Il peut cependant, à mon sens, nous éclairer dans la crise écologique qui est la nôtre. C’est en tout cas le pari que nous faisons ce soir ensemble, vous me direz à la fin de cette méditation, si vous êtes convaincus J

Ce qui est assez surprenant de ce texte c’est que David ne se voit pas lui-même comme un criminel. Sa conscience ne lui reproche rien. Ce n’est que quand Nathan le prophète lui parle qu’il se rend compte de ce qu’il a fait, qu’il dit : j’ai péché contre le Seigneur. On pourrait dire que là David exagère, qu’il joue la comédie, qu’il sait bien qu’il a commandité un meurtre. Pourtant je crois, moi, que David est sincère. Il est sincère car à aucun moment il n’a été confronté aux conséquences de son crime. A aucun moment il n’a vu le cadavre d’Urie le hittite, ce corps transpercé de flèches par sa faute. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est mort comme tant d’autres à la guerre, et David est tellement blasé, tellement emporté aussi par son aveuglement, par son abus de pouvoir que cette mort ne le touche pas.  

Et c’est là je pense où nous-même pouvons rejoindre l’expérience de David. Dans l’éloignement entre la faute et l’impact dans l’environnement, qui fait que nous restons sourds et aveugles à la dégradation de la création.

Nous savons car nous avons vu à la télévision ou ailleurs, sur internet, les conséquences que notre mode de vie a sur l’environnement. Nous avons tous vu ces photos de dépotoir, de décharges pleines à raz-bord non seulement en France mais à l’étranger.

Cette poubelle technologique, les ordinateurs, les téléphones portables si difficiles à recycler, si nocifs pour la planète, que nous envoyons dans des pays d’Afrique comme le Ghana qui deviennent des poubelles géantes de l’occident.

Oui mais ces images que nous avons vues restent des images. Comme la mort d’Urie reste pour David un événement qui a eu lieu au loin sous les murailles ennemies et qui ne le concerne que de loin, alors qu’il est au fond le premier responsable. Comme David nous n’avons pas vu le cadavre. Nous ne mesurons donc pas l’ampleur de notre faute, l’ampleur du désastre.

Nous ne nous mobilisons pas tant que nous n’avons pas devant nos yeux les conséquences de notre faute. Une marée noire nous montre l’urgence des règles internationales pour éviter que des navires brinqueballant souillent l’océan.

Si l’histoire de David nous rejoint dans notre refus de voir la réalité en face, cette histoire nous rejoint aussi dans notre désir de tout vouloir dans l’instantané David désire Bethsabée et immédiatement il l’envoie chercher pour coucher avec elle.

Il n’y a pas d’espace entre le désir et sa réalisation. Et peut-être que c’est ça qu’il nous manque dans notre société, une espace de mûrissement, de réflexion, d’attente. Renoncer à l’instantané dans ce qu’il peut avoir d’attirant pour prendre une décision qui respecte la vie.

J’ai fait des études avant de faire des études de théologie. Pendant mes premières études j’ai étudié le Marketing. Et tout dans le Marketing consiste à favoriser une décision d’achat, irréfléchie, instantanée. Par exemple, tous ces produits pour les enfants à hauteur de leurs yeux pour que ce soient eux qui les mettent dans le chariot, alors qu’un adulte ne l’aurait peut-être pas fait. Ou ces objets à côté des caisses qui viennent vous tenter alors que vous attendez.  

A chaque fois que je rajoute un paquet de chewing-gums à mon chariot, je me dis quand même 5 ans de marketing pour tomber comme une bleue !

Si nous remplaçons l’instantané par l’attente, par le mûrissement, par l’espérance, cela nous permettra non seulement de renoncer au superflu mais d’entrer dans une nouvelle dimension où l’autre n’est plus un obstacle dans ma logique d’accaparement. Où l’autre n’est pas riche de ce que je voudrais pour moi comme Urie était riche d’une belle femme convoitée par David.

Si David n’avait pas convoité la femme d’Urie, il aurait fait une belle rencontre. Il aurait pu beaucoup apprendre de cet Hittite, de cet étranger, qui renonce à tout, y compris à revoir sa femme, pour partager le sort de ses compagnons d’armes. C’est assez intéressant ce face à face entre un roi israélien ivre de pouvoir, prédateur de la beauté, manipulateur, et cet étranger intègre, droit, confiant qui s’enracine dans les vraies valeurs du respect et de la sobriété.

 

Peut-être que ce texte veut nous inviter finalement à interroger nos désirs. A faire le tri entre les désirs qui apaiseront une soif passagère au prix de beaucoup de larmes, et le désir plus fondamental d’une vie simple et sereine, où nous restons maîtres de nos actes et de ses conséquences. Une vie bonne selon l’Evangile, suivant l’enseignement du Christ qui nous parle du royaume de Dieu comme d’une vie simple, tendre, apaisée : une femme qui fait le ménage, un berger qui prend soin de ses brebis, un jardinier qui voit pousser ses plantes.

Nous aurons donc beaucoup à recevoir si nous simplifions notre vie, et nous la menons au large, loin des sirènes de la consommation. Peut-être que les Réformateurs à leur manière et Calvin en particulier voulaient nous mettre sur cette piste et on parle à juste titre de la sobriété protestante. Mais cette simplicité de vie est un trésor qui va au-delà de la confession protestante. C’est un cadeau que le Christ lui-même nous a donné et que chaque chrétien, chaque chrétienne est appelé à vivre.

Je finirai donc cette méditation en laissant la parole à l’écrivain catholique Fabrice Hadjadj :

« Par Jésus, l’Éternel lui- même a vécu comme nous, dans une petite maison, conversant simplement sur le pas de la porte avec les gens de son village, prenant le bol de bois, offrant des olives (menant même le suprême combat dans un jardin d’oliviers), connaissant le raisin qu’on presse et le pain pétri et cuit par sa mère, ordonnant à ses disciples de contempler les corbeaux et les lys des champs.

De plus en plus, il faudra croire, je ne dis pas en Dieu, mais en un Créateur et Sauveur de la chair, je ne dis pas pour devenir un être supérieur, mais pour mener une vie simple et humaine.

L’apocalypse n’est pas simple effondrement, mais, dans l’effondrement, révélation du fond, de l’essentiel. Le chrétien qui annonce le Ciel se retrouve à défendre la terre. Lui qui témoigne du Messie se retrouve à faire l’éloge du berger, du vigneron et du charpentier, de tous les métiers manuels, menacés par le progrès. Lui qui est mû par l’Esprit se retrouve à chanter la beauté des corps, des vrais corps, face aux diktats de la mode et du Photoshop. La sainteté va de plus en plus ressembler à l’existence ordinaire. De cet ordinaire qui est l’œuvre même de Dieu. »

Que l’Esprit du Seigneur nous donne de goûter à la simplicité Amen