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Une foi en mouvement

Prédication du dimanche 1er mars 2026, par Marc Lantéri-Minet

 

Une foi en mouvement

Prédication du dimanche 1er mars 2026, par Marc Lantéri-Minet

 

Lecture biblique :  Matthieu 16, verset 21 à 17, verset 13

 

 

En ce temps de Carême la lecture du jour porte sur Mathieu à propos de la Transfiguration. J’ai choisi délibérément de ne pas éluder les versets qui précèdent, vous comprendrez pourquoi.

En hébreu avancer vers Pâque, la Pâque juive, se dit littéralement « monter » vers Pessah. Monter est en soi une ascension une conversion c’est-à-dire se tourner vers Dieu. Et Jésus va nous emmener entendre son Père

Ce que Jésus de Nazareth sait intimement, c’est que pour lui-même cette montée vers Pessah il va la faire pour la dernière fois en tant qu’homme parmi les femmes et hommes de son époque.

La Transfiguration est un passage fondamental des évangiles qui est d’ailleurs décliné quasi à l’identique dans les trois évangiles synoptiques : Mathieu Marc et Luc.

Fondamental pourquoi ?

D’abord le lieu : La montagne, lieu de rencontre biblique entre Dieu et son Peuple, réunit ici Jésus et ses disciples. L’éclatante et céleste transfiguration de Jésus révèle son identité divine et annonce sa Résurrection. D’autant que le récit précédant est son annonce à ses apôtres incrédules qui va jusqu’à indigner Pierre. Les récits suivants relateront la montée de Jésus de Nazareth vers Jérusalem pour Pessah : c’est un véritable moment de bascule vers la passion et la résurrection sur trois niveaux

 

1er niveau La fidélité à la loi et l’héritage vétérotestamentaire (ancienne alliance)

2eme niveau La transfiguration comme dynamique du commencement à partir d’une fin annoncée : le passage obligé par la croix

3eme niveau La future résurrection de Jésus devenu Christ sur la croix nous ouvre un champ des possibles : l’espérance de vaincre la mort

Ces trois niveaux de significations manifestement source d’un choc émotionnel, d’une catharsis des apôtres sont beaucoup trop pour eux ; chose inouïe Jesus redevenu homme va les apaiser les relever en les touchants un par un.

Accompagnons Jésus et les disciples dans cette ascension en suivant le texte.

Fidélité à la loi et à l’héritage vétérotestamentaire 

Jésus de Nazareth entreprend l’ascension d’une Montagne dans une retraite confidentielle. Ceci est d’emblée évocateur de l’ascension que Moïse effectue seul pour recueillir deux fois plutôt qu’une les tables de la loi : celle du Mont Sinaï. C’est aussi la matérialisation de se préparer en se recueillant à l’écart avant la montée vers Jérusalem et Pessah : Jésus va se charger une nouvelle fois d’annoncer à ses apôtres dans le secret qu’il va quitter la Galilée sans retour vers la Croix qui l’attend.

Arrivés au sommet Mathieu nous décrit alors dans une écriture minimale la Transfiguration de Jésus : son visage resplendit comme le Soleil et ses vêtements deviennent blanc comme la lumière. Encore une référence à Moïse puisque aussi bien en redescendant du Mont Sinaï avec les Tables, qu’en s’exposant dans la tente de la rencontre à Dieu le visage de Moïse resplendit de la même manière au point qu’il le dissimule à la vue du peuple hébreu. Mais à la différence des apôtres Moïse ne verra jamais directement face à face Dieu. Il ne fera qu’échanger par la parole.

Là nulle dissimulation, ni ostentation mais par ce flash-back lumineux il y a une réification de Jésus qui manifestement déstabilise les apôtres : il ne leur fait alors nul doute à ces apôtres que Jésus est vraiment le Messie le Christ d’un Dieu qui tient sa promesse.

Les personnages d’Élie et de Moïse amplifient triplement l’interprétation de cet événement. A eux deux, ils symbolisent l’unité de l’Écriture : la Torah (Le Pentateuque) et les prophètes. Jésus est celui qui dialogue avec les Écritures et leur donne sens. Il est celui qui vient les accomplir, comme le discours sur la montagne nous l’a dévoilé dans une dystopie historique intemporelle et donc divine. Elie n’a il pas été enlevé au ciel dans un char divin ? Moïse n’est il pas enseveli depuis longtemps ? Mais Élie et Moïse sont surtout deux personnages associés à la venue du Messie.

 

Le Dieu qui tient ses promesses annonce ainsi Dt 18,18.

« Un prophète comme toi [Moïse] ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » 

 

De son côté, Malachie prophétise Ml 3,23-24.

« Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays ! » 

 

Ici Moïse et Elie par leur présence témoignent non seulement de l’ancienne alliance mais d’une nouvelle alliance en devenir. Elie et Moïse annoncent déjà la résurrection glorieuse de Jésus, à la droite de Dieu dans une luminosité intemporelle conformément aux multiples prophéties de l’ancien testament.

 

Mais pourquoi cette nécessité des trois évangélistes de recadrer Jésus dans le cadre vertical de la Loi, le replacer dans toute l’Histoire du peuple hébreu, parce que la transfiguration signifie une bascule irréversible et radicale : Jésus va monter à travers le Royaume de Judas pour atteindre Jérusalem. Il sera dorénavant le Messie et reconnu en tant que tel il le paiera au prix fort sur le bois de la croix délaissé trahi abandonné humilié pour accomplir la prophétie de la résurrection. Il représente et incarne résolument la Loi en tant que Messie. Plus qu’un prophète car annoncé par tous les prophètes et par son père.

Poursuivons notre chemin avec Jésus et les disciples, avec l’importance de ce qui précède cette transfiguration.

 

La transfiguration comme dynamique du commencement

 

Six Jours avant, Pierre s’est fait reprendre avec véhémence par Jésus au chapitre précédent 16. Alors que Jésus fait connaître à ses disciples qu'il faut qu'il aille à Jérusalem souffrir la passion avant d’être mis à mort, et qu'il ressuscite le troisième jour, Pierre, l'ayant pris à part, s’indigne : « A Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas ». Double déni de Dieu le créateur et du fils le messie. Face à cette incompréhension radicale de Pierre Jésus lui répond « Eloigne-toi de moi Satan ! tu es pour moi une pierre d’achoppement ; tes pensées ne sont pas celle de Dieu mais celle des hommes » La perspective de la passion est inaudible pour les apôtres, ils attendent un Sauveur triomphant. Au point que l’Evangéliste emprunte l’image d’un Satan parlant dans le corps de Pierre possédé : Jésus s’emploie à guérir Pierre comme il l’a fait jusqu’à présent auprès des possédés de Galilée et d’ailleurs.

 

Six jours après Pierre prend à nouveau la parole dans un ressenti naïf de la venue d’un Christ sauveur et triomphant, dans le déni de sa passion et sa Résurrection et propose prosaïquement trois tentes pour chacun : Moïse Elie et Jésus un peu comme des cocons, des Tentes individuelles de la rencontre et donc d’une célébration prématurée dans des mini temples : on n’est pas loin de l’idolâtrie naïve. Pierre et les apôtres sont à côté de la plaque. Ils sont dans la représentation verticale d’un Dieu qui ordonne et qui sauve dans l’immédiateté demeurant dans le déni d’une passion pourtant annoncée. La révélation – et c’est le paradoxe – de Jésus transfiguré, entouré des deux plus grands prophètes, ne suscite qu’une vulgaire question de tentes pour des louanges immédiates.

 

Celui-ci est mon Fils (17,5-9
Comme Pierre parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » Malgré la solennité céleste de la scène, cette incompréhension persiste et seule la parole divine y mettra fin en causant une réaction éminemment humaine de la part des apôtres : la frayeur qui les fait tomber face à terre. La compréhension révélée de la passion les transfigure à leur tour ou plutôt les métamorphose dans leur foi. Ils passent de l’incrédulité non pas à la croyance mais à la foi en la résurrection selon les écritures ; plus que cela ils se soumettent face à terre. Il y a bascule, Jésus sort du cadre figé de la transfiguration si souvent représenté par les peintres de la Renaissance de Bellini au Greco. Jésus sort du tableau et se fait à nouveau homme parmi les apôtres par un geste d’une infinie tendresse consolante : le Christ les touche et les relève en proclamant « n’ayez pas peur » et les ramène à la réalité. Jésus devenu le Christ à leurs yeux va les relever et c’est un geste infiniment humain et dans un clair-obscur

 

Chez Matthieu, le verbe toucher est exclusivement affecté aux récits de guérisons ou d’exorcismes. Ici sa parole pourrait aller aussi en ce sens : « Relevez-vous » Ce relèvement annonce un changement, une rénovation, tout comme les guérisons. Nul besoin de rester sous les tentes. Une vie nouvelle et itinérante attend les disciples. La reconnaissance du Ressuscité, du Fils du Dieu vivant, constitue en soi, une action de Dieu et une re-création : la mission pour les disciples de témoigner est en devenir. Mais cette histoire n’est pas encore écrite, elle est en devenir et Jésus la fait pressentir aux apôtres par sa Transfiguration. On pourrait volontiers rajouter qu’à travers le « n’ayez pas peur » de Jésus, soit prononcé dans notre langage actuel : « n’ayez pas peur, ça va le faire, ça va bien se passer et vous comprendrez »

 

Revenu à la réalité les apôtres redescendent et Jésus leur donne cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts ». En effet la résurrection bien qu’annoncé par les prophètes est un possible jusqu’alors caché depuis la fondation du monde. Il faut attendre sa réalisation prochaine pour en témoigner jusqu’à nos jours. Ce retour à la réalité invite alors les disciples à poser cette question : « Pourquoi donc les spécialistes de la loi disent-ils qu'Élie doit venir d'abord ? » Jésus leur répondit : « Il est vrai qu'Élie doit venir [d'abord] et rétablir toutes choses, mais je vous le dis : Élie est déjà venu, ils ne l'ont pas reconnu et ils l'ont traité comme ils ont voulu. » Les disciples comprirent alors qu'il leur parlait de Jean-Baptiste. »

 

Le ministère de Jean-Baptiste montre à quel point il ressemblait à Élie. D'abord, Dieu a annoncé que son œuvre ressemblerait à celle d'Élie (Luc). Ensuite, il est vêtu comme lui (Rois et Matthieu). Tout comme lui, il prêche dans le désert (Matthieu) un message de repentance. Tous deux ont tenu tête à des rois et avaient des ennemis haut-placés (Rois et Matthieu). Et Elie ne peut-il pas revenir sous les traits de Jean Baptiste, même si ce dernier le nie dans Jean ? Oui car conforme aux prophéties

 

La transfiguration un chemin de foi et d’espérance pour aujourd’hui et demain

Juste avant cette question Jésus demande donc à ses disciples de ne parler à personne de ce qu’ils viennent de voir et vivre, et ceci pas avant la Résurrection.

Jésus interdit à plusieurs reprises aux personnes guéries et même à ses disciples de divulguer son identité, pour signifier qu’elle ne se comprend ni par les miracles ni par la puissance, mais uniquement à partir de la croix. Toute reconnaissance triomphale avant la passion est fausse et idolâtrique. Le messianisme est ainsi déplacé vers la figure du Serviteur souffrant : le Messie n’est pas celui qui triomphe, mais celui qui consent à perdre et à être rejeté. La gloire n’est pensable qu’à travers l’abaissement.

Dans les évangiles, les disciples ne comprennent pas et fuient. Leur chemin n’est pas une marche vers la lumière, mais une traversée de malentendus et de peurs. Le disciple n’est pas celui qui comprend, mais celui qui consent à risquer sa vie, à renoncer aux sécurités illusoires et aux fantasmes de puissance. Le salut n’est pas toute-puissance, mais participation à une existence livrée et vulnérable. La foi ne repose pas sur la gloire, mais sur l’absence, sur une promesse donnée dans le retrait. La révélation passe par l’épreuve du non-sens et de l’abandon. Les disciples défaillants deviennent le miroir d’une Église fragile : la peur et la chute ne disqualifient pas la foi, elles en sont la condition, dans une espérance en mouvement.

Se font face à face dans la Transfiguration un Christ révélé divin à des apôtres infiniment humains et le Christ va les relever en redevenant Jésus de Nazareth. Le ministère des apôtres est en devenir. Jésus espère en eux. Au-delà de la finitude le commencement devient source d’espérance.

Au milieu du trouble qui saisit les disciples dans cette période de leur vie, voilà Jésus qui les « porte vers Dieu ». N’avons-nous pas, nous aussi, besoin qu’il nous porte, qu’il nous prenne avec lui, au milieu de nos questionnements, au milieu de nos faiblesses, qu’il nous montre le chemin vers Dieu, ce chemin que nous essayons vainement de trouver par nous-mêmes ? De ce Dieu qui, par le geste tendre d’une main tendue, relève ses disciples et leur donne d’avancer dans leur vie, ce Dieu le fait aussi pour nous chaque jour.

Jésus prépare Pierre, Jacques et Jean à comprendre que bientôt, sa présence physique ne sera plus. Il est plus que nécessaire de les préparer, et nous aussi encore, à une nouvelle manière pour Dieu d’être présent au monde. Touchés par le visage resplendissant et rayonnant du Christ, les disciples deviennent à leur tour porteurs de la lumière divine. Le Christ transfiguré, c’est la lumière de Dieu qui éclaire notre route. Voilà la grande nouvelle. Mais on ne reste pas éternellement sur une montagne, là où l’extraordinaire se produit. Descendus, nous pouvons, comme les premiers disciples, vivre au cœur de nos quotidiens la présence de ce Dieu, le porter en nous, le découvrir toujours plus comme celui qui est la « Vie de notre vie ». Le porter et être porté témoin d’amour et d’espérance pour l’autre.

Jünger Moltmann écrit : « La vie du chrétien est une espérance pour d’autres hommes. L’espérance n’est pas seulement la puissance de commencer : elle est aussi une puissance qui donne patience : C’est une affaire de confiance en Dieu et de confiance en soi. […] Il n’y a pas d’existence sans peur et sans espérance. C’est là l’espérance commune. L’espérance chrétienne, c’est en fait l’espérance que Dieu place dans les hommes. Dieu n’est pas seulement notre espérance : nous sommes l’espérance de Dieu pour sa terre et pour sa Création ».

Jésus ne désespère ni de ses apôtres ni de nous. Passons au-delà de la désespérance. Soyons patient et espérons car Dieu espère en nous et à travers nous pour les autres. Témoignons en dehors de nos églises, dans nos vies quotidiennement de son amour.

La transfiguration nous annonce la résurrection à venir, et c’est est un message d’Espérance inouï

BIENTOT PAQUES AMEN