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Église protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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"Comment devenir disciple ?", par Annette Preyer

Prédication du dimanche 2 juillet 2017

Chères Sœurs et Chers Frères,

Le texte de l’évangile de Matthieu qui est proposé à notre méditation aujourd'hui est la conclusion du chapitre 10, consacré aux directives que Jésus donne aux douze apôtres avant leur envoi en mission.

Six versets, deux parties. La première pose les conditions pour suivre Jésus, pour être disciple. La seconde parle de l’accueil réservé aux disciples.

Par ses exigences et ses mots rudes la première partie peut surprendre voire choquer.

37 " Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.

38 Quiconque ne prend pas sa croix et vient à ma suite n’est pas digne de moi.

39 Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l’assurera."

Jésus, avec force, dit 6 fois « moi ». Le message est très personnalisé. Il souligne le caractère central du Christ. L’évangile, c’est Jésus, c’est sa personne. Notre foi se joue sur la relation personnelle à Jésus.

Que veut dire être digne de Jésus, répétés trois fois ? Le mot grec, à l’origine, n’a pas de signification morale dans le sens de mérite. Il se réfère à une barre ou une poutre, un dispositif qui sert à répartir l’effort de levage sur plusieurs câbles. Le sens est donc plutôt « avoir le même poids », « être de même valeur », et donc « pouvoir s’accorder avec ».

Il y a trois manières erronées de vivre qui font qu’on n’est pas digne de Jésus.

Les deux premières injonctions sont brutales : Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.

Je suis chrétienne et pourtant je n’arrive pas à dire que j’aime mieux Jésus que ma fille. Je peux dire que je préfère m’engager au conseil presbytéral que chez Amnesty International, ou que je choisis une retraite spirituelle plutôt qu’une semaine à la plage. Mais l’amour pour Jésus et pour ma fille ne me semblent pas comparables, pas de même nature et donc pas non plus dans une hiérarchie ou une opposition potentielle.

Remarquons qu’il n’est pas question de la relation de couple ni des rapports entre frères et sœurs. Seules les relations de filiation sont examinées ici. On ne s’intéresse qu’aux relations verticales, aux relations d’autorité, de dépendance. Il y a deux mille ans, l’autorité parentale était bien plus forte qu’aujourd'hui. Autoriser l’enfant à se désolidariser de son père était révolutionnaire pour l’époque. Même aujourd'hui l’effet libérateur demeure. Notre insertion dans la vie, notre identité sociale et culturelle passent toujours par la famille, sa tradition, son réseau. Notre identité de chrétien, elle est fondée dans le Christ. Jésus nous invite à passer de la domination par la loi – Loi juive, loi de notre famille, de notre environnement – à la loi du Christ qui est amour et libère.

Donc, sans nier le cinquième commandement – Honore ton père et ta mère – Jésus encourage les convertis dont la famille reste ancrée dans une autre foi. Il nous libère de l’argument d’autorité.

En même temps, notre relation au Christ est fondatrice de nos relations humaines. Notre foi nous aide à « mieux » aimer nos parents et nos enfants. A tenter d’imiter le regard que le Seigneur à sur eux.

 

La deuxième manière erronée de vivre est de refuser de porter sa croix. Jésus est mort sur la croix. Quand Matthieu écrit, 50 ans plus tard, après la chute de Jérusalem, les persécutions contre les Juifs sont intenses et les persécutions des chrétiens commencent. Certains sont morts pour avoir suivi le Christ, mais Jésus ne nous appelle pas au martyre.

Ce qui est souligné ici : suivre le Christ n’est pas facile. Cela peut signifier qu’on s’oppose aux usages, aux traditions, à l’opinion dominante. Nous sommes invités à accepter les peines, les fatigues, le poids de l’existence et à rester debout et en relation avec Lui dans les difficultés et épreuves que nous pouvons vivre.

 

Donc, suivre le Christ implique

  • faire du Christ sa référence,
  • accepter les épreuves de la vie.

 

En troisième nous entendons, encore plus dur et paradoxal : Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l’assurera.

Ce verset se trouve dans les 4 évangiles. Nous ne pouvons pas fuir la confrontation avec lui.

 

En 2017, à Paris, comment cette phrase peut-elle faire sens pour nous ?

Le mot pour « vie » dans ce verset désigne la vie ici et maintenant, pas la vie éternelle. Celui qui assure sa vie est celui qui s’assure la réussite, la richesse, le pouvoir, la présence dans les médias. Sa vie pourra sembler vide, sans sens – perdue.  A l’inverse, celui qui s’engage pleinement, qui se donne et peut-être fait des choix difficiles – attention, sans être un héro ni de se sacrifier – celui-là trouvera  sa vie, une plénitude, une maturité humaine et spirituelle.

Vivre c’est prendre l’évangile comme critère central de l’existence, de dire oui à une relation vivante au Christ tous les jours de notre vie.

 

Nous avons donc une escalade dans les exigences :

  • aimer Jésus plus que ses parents et enfants,
  • prendre sa croix 
  • accepter de perdre sa vie.

 

Dans la seconde partie l’atmosphère s’apaise.

La première partie du texte parle aux disciples – donc à nous en tant que disciples.

La seconde partie parle de ceux qui accueillent les disciples – donc toujours de nous.

 

L’accueil, c’est l’hospitalité, une attitude très importante au Proche Orient. L’accueil c’est aussi l’accueil de la parole, l’accueil de l’envoyé de Dieu, thème important de la Bible. Jésus dit à ses disciples qu’ils ne vont pas seulement rencontrer des obstacles, difficultés et persécutions mais qu’ils vont aussi être accueillis.

Verset 40 : Qui vous accueille m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé. Jésus établit une étroite relation entre l’apôtre, le témoin, c'est-à-dire finalement tout chrétien, lui-même et le Père. Une magnifique promesse !

 

Puis Jésus parle de celui qui accueille un prophète, et encore qui accueille un juste.

Les prophètes sont porte-parole de Dieu et les Juifs comptent sur eux pour intercéder auprès de Dieu.

Les justes s’efforcent d’être ajustés à Dieu. Ils cherchent à connaître ce que Dieu attend d’eux, et s’appliquent à agir selon ce qu’ils en savent.

 

Si j’accueille une personne comme prophète ou juste cela veut dire que je l’écoute, que j’entends son message.

Enfin, Jésus élargit encore le champ : qui donne un verre d’eau fraîche à un de ces petits – c'est-à-dire à une personne qui n’a pas de pouvoir – toujours en sa qualité de disciple. Quand nous mobilisons nos pauvres moyens pour l’autre, Dieu le reconnaît. Il y a une récompense pour l’accueil du prophète, celui du juste et aussi pour le simple verre d’eau offert. Ce qui différencient ces gestes du premier énoncé. Accueillir le Seigneur n’a pas besoin de récompense. Accueillir le Seigneur EST la récompense.

 

J’ai été élevée dans une exigence de générosité altruiste et gratuite. Donc l’idée de récompense m’interroge.

Premièrement, la perspective d’une récompense ne détruit-elle pas le motif moral ? Agir bien en vue d’une récompense est-ce vraiment le bien ? Ne doit-on pas faire le bien pour le bien ?

De l’autre côté, l’exigence de gratuité risque de dégénérer en rigorisme et désintérêt masochiste. Comme une forme d’orgueil qui nierait son besoin et sa dépendance, comme un refus d’être une créature de Dieu.

Je préfère me dire que Jésus nous connaît-il tellement bien dans nos calculs et tactiques parfois tordus entre générosité et désir de récompense que justement il admet cela.

La récompense finale est de demeurer dans la communion du Christ qui passe justement par le fait d’être à son service.

 

Seconde interrogation sur la récompense : ne s’oppose-t-elle pas à l’affirmation du protestantisme du salut par la foi, de la grâce seule et non méritée par nous ?

En fait, non, car la récompense ici est promise et donnée, elle n’est pas méritée ou gagnée.

Je fais le bien à cause du Père qui est bon pour moi, par reconnaissance et en toute liberté.

A l’exemple de la femme de Shounem dans la première lecture. La femme n’a pas visé de récompense, elle est heureuse de faciliter la vie d’Elisée identifié comme saint homme de Dieu. Et elle reçoit une récompense au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer vu l’âge de son mari. Elle est récompensée par un enfant.

 

Et nous, qui accueillons-nous ? En tant que paroissiens de Pentemont-Luxembourg nous accueillons des réfugiés et migrants à travers la Cimade, des Syriens à travers Marhaban, des personnes sans domicile fixe aux repas du CASP, nous mettons à disposition une chambre de passage rue Madame.

En attendant nous une récompense ? Non. Nous le faisons parce que nous en avons la possibilité. Et pourtant nous recevons en retour : par la rencontre des autres bénévoles, par la rencontre avec nos bénéficiaires.

 

Nous nous accueillons aussi les uns les autres. En lien avec le « perdre sa vie pour la gagner » il s’agit de prendre le risque de s’ouvrir, d’accueillir et se laisser transformer par l’altérité. Il n’y a pas de Je sans Tu. Pour être pleinement humain nous avons besoin de rencontrer l’autre. Et c’est ancré dans le Christ que nous pouvons le faire.

 

Devenir disciple serait donc une décision toujours renouvelée de mettre le Christ au centre et de le rencontrer dans l’autre.

 

Je vous propose de conclure avec le verset 40 :

« Qui vous accueille m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé. »

Amen

 

Annette Preyer