Choisis la vie
« Choisis la vie »
Prédication du culte du dimanche 14 juin 2026, culte avec les catéchumènes, par la pasteure Sophie Ollier.
Lectures bibliques :
- Deutéronome 30, versets 15 à 20
- Marc 10, versets 13 à 16
Nous avons entendu tout à l'heure cette parole de Dieu dont Moïse se fait l’écho : « Je mets aujourd'hui devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie. » C'est une phrase forte. Une phrase qui résonne presque comme un dernier conseil avant un grand départ. Car c'est exactement la situation. Moïse arrive au terme de sa vie. Le peuple est sur le point d'entrer dans le pays promis. Une nouvelle étape commence. Et Moïse sait qu'il ne sera pas là pour la vivre avec eux. Alors il leur laisse quelques dernières paroles. Il ne leur parle ni de richesse, ni de réussite, ni de puissance. Il leur parle de vie. Comme si, au fond, c'était cela le plus important.
Mais qu'est-ce que cela veut dire au juste, « choisir la vie » ? Car enfin, qui choisirait la mort ? Qui se lèverait un matin en se disant : aujourd'hui, je vais choisir ce qui détruit ? La réalité est évidemment plus compliquée. Car la mort dont parle la Bible n'est pas seulement celle qui met fin à notre existence. Elle désigne aussi tout ce qui nous enferme, tout ce qui nous coupe des autres, tout ce qui nous éloigne de Dieu, tout ce qui nous empêche d'être pleinement vivants.
Et c'est peut-être ce que nous avons découvert ensemble avec l'animation que les jeunes nous ont proposée, où nous devions choisir, individuellement, si les situations étaient un chemin de vie, d’ouverture, ou un chemin de mort, de repli. Certaines situations semblaient simples à classer. D'autres beaucoup moins. Nous n'étions pas toujours d'accord. Et c'est normal. Car la vie n'est pas un questionnaire à choix multiples où il suffirait de trouver la bonne réponse. Les situations humaines sont souvent complexes. Nous avançons parfois à tâtons. Nous hésitons. Nous nous trompons. Nous revenons en arrière. Nous apprenons.
C'est alors que l'Évangile que nous avons entendu peut nous aider. Car juste avant de parler de nos choix, Jésus nous montre quelque chose d'essentiel. Des parents lui amènent leurs enfants. Rien d'extraordinaire. Ils souhaitent simplement que Jésus les bénisse. Pourtant les disciples interviennent. Ils repoussent les enfants. Ils leur barrent le passage. Sans doute pensent-ils bien faire. Ils veulent peut-être protéger Jésus. Ils considèrent probablement que les enfants ne sont pas prioritaires. Il y a certainement des adultes plus importants, plus instruits, plus sérieux à écouter.
Mais Jésus réagit immédiatement. Il se met même en colère, ce qui est assez rare dans les évangiles. « Laissez venir à moi les petits enfants, ne les empêchez pas. » Puis il les prend dans ses bras et les bénit.
Je trouve cette scène magnifique parce qu'elle nous montre quelque chose du Royaume de Dieu. Les disciples sont déjà en train de faire des catégories. Ils distinguent ceux qui méritent de s'approcher et ceux qui devraient rester à distance. Jésus, lui, fait exactement l'inverse. Là où les disciples ferment une porte, lui l'ouvre. Là où ils dressent une frontière, lui construit une rencontre.
Et finalement, n'est-ce pas déjà une manière de choisir la vie ? Choisir la vie, ce n'est pas seulement respecter des règles ou prendre de bonnes décisions. Choisir la vie, c'est aussi ouvrir des portes plutôt que les fermer. C'est permettre à quelqu'un d'exister davantage. C'est faire de la place à celles et ceux que d'autres voudraient tenir à l'écart. C'est préférer la rencontre au rejet, le dialogue à la méfiance, la bénédiction à l'exclusion.
Je crois que c'est pour cela que Jésus place les enfants au centre. Dans le monde antique, un enfant n'a pas beaucoup de valeur sociale. Il ne produit rien. Il ne décide rien. Il ne possède rien. Pourtant Jésus dit que le Royaume de Dieu ressemble à cela. Non pas à la puissance ou à la domination, mais à la confiance. Non pas à la capacité d'imposer sa volonté, mais à la capacité de recevoir.
Et cela change profondément notre manière d'entendre le texte du Deutéronome. Car si nous n'y prenons pas garde, nous pourrions entendre « Choisis la vie » comme une injonction supplémentaire. Comme si Dieu nous disait : « Fais attention, ne te trompe pas. Si tu fais les mauvais choix, tant pis pour toi. » Or l'Évangile nous montre exactement l'inverse. Avant même que nous ayons choisi quoi que ce soit, Dieu nous accueille déjà.
Les enfants que Jésus prend dans ses bras n'ont rien accompli. Ils n'ont passé aucun examen. Ils ne connaissent probablement pas encore toute la Loi. Ils ne sont pas là parce qu'ils sont meilleurs que les autres. Ils sont simplement là. Et cela suffit.
Je crois que nous avons tous besoin d'entendre cela. Parce que nous vivons dans un monde qui nous demande sans cesse de prouver quelque chose. Il faut réussir. Il faut être performant. Il faut faire les bons choix. Il faut avoir les bonnes opinions. Il faut montrer que l'on vaut quelque chose. Et parfois cela devient épuisant.
L'Évangile nous rappelle alors une vérité essentielle : notre valeur ne dépend pas de notre capacité à toujours réussir. Elle ne dépend pas du nombre de bonnes décisions que nous avons prises. Elle ne dépend pas même de la force de notre foi. Notre valeur vient du regard que Dieu pose sur nous. Et ce regard est un regard d'amour.
Alors oui, le Deutéronome nous appelle à choisir la vie. Cet appel demeure. Dieu ne nous traite pas comme des marionnettes. Nous avons une responsabilité. Nos choix comptent. Nos paroles comptent. Nos actes comptent. Nous pouvons construire ou détruire. Nous pouvons relever ou blesser. Nous pouvons ouvrir ou fermer. Chaque jour, d'une manière ou d'une autre, nous participons à faire grandir un peu plus la vie ou un peu plus la mort autour de nous.
Mais l'Évangile ajoute quelque chose de décisif : nous ne faisons jamais ce choix seuls. Avant même que nous nous mettions en route, Dieu est déjà là. Avant même que nous ayons trouvé le bon chemin, le Christ nous accompagne. Avant même que nous sachions où aller, il nous accueille.
Et peut-être qu'au fond, choisir la vie, ce n'est pas d'abord devenir parfait. Choisir la vie, c'est apprendre chaque jour à ressembler un peu plus à ce Jésus qui ouvre les bras là où d'autres ferment les portes. C'est apprendre à regarder les autres comme lui les regarde. C'est apprendre à faire confiance à la vie lorsqu'il serait plus facile de céder au découragement. C'est croire qu'un geste de bonté vaut mieux qu'une parole de haine, qu'une rencontre vaut mieux qu'une exclusion, qu'une main tendue vaut mieux qu'un poing fermé.
Alors lorsque Moïse nous dit aujourd'hui : « Choisis la vie », nous pouvons entendre ces mots non comme une menace mais comme une invitation. Une invitation à choisir tout ce qui fait grandir l'humain. Tout ce qui fait grandir l'amour. Tout ce qui fait grandir la paix. Tout ce qui fait grandir la confiance.
Et lorsque nous ne saurons plus très bien quel chemin prendre, lorsque les situations seront compliquées, lorsque les réponses ne seront pas évidentes, souvenons-nous simplement de cette image : Jésus au milieu d'enfants que tout le monde voulait éloigner, les prenant dans ses bras pour les bénir.
Car le premier choix de la vie n'est peut-être pas le nôtre.
Le premier choix, c'est celui de Dieu.
Et depuis toujours, Dieu a déjà choisi de nous aimer, ce qui nous permet d’aimer à notre tour.
Amen.
