Expo photo "Une croix sur le treillis"
Expo photo "Une croix sur le treillis"
Une exposition de Karine Sicard Bouvatier, avec l'Aumônerie protestante aux Armées,
du 19 septembre au 20 octobre, au temple de Pentemont.
Pour la LPL - la Lettre de Pentemont-Luxembourg, Jean-Michel Ulmann avait échangé avec Karine Sicard Bouvatier sur la genèse de ce projet. L'article est paru dans le n°81 de la LPL - Mars 2026.
Compagnons d’âmes
Ce que l’œil de Karine Bouvatier saisit, le dénominateur commun aux onze portraits d’aumôniers militaires protestants que la photographe a suivis, c’est un certain regard, une attention bienveillante, une présence. C’est aussi une invitation au dialogue singulier « d’Homme à Homme ». Ces témoignages disent surtout leur engagement pour une mission très spéciale : être à l’écoute. Ce beau livre et l’exposition qui l’accompagne donne la parole à ces compagnons d’âmes.
LPL. Après votre travail sur les détenus de la prison de Fleury Mérogis, sur Israël et les territoires palestiniens, les Diaconesses de Reuilly, sur et avec les survivants de la déportation votre regard se porte sur les aumônier militaires protestants. Un fil rouge relie-t-il les femmes et les hommes que vous avez rencontrés ?
Karine Sicard Bouvatier. À mes yeux la photographie a deux missions : celle d’un langage commun universel et celle de la mémoire des Hommes. Je m’intéresse et je cherche à mettre en lumière des hommes et des femmes tenus au silence, à la discrétion, tenus à l’ombre par choix professionnels ou accidents de la vie. Le fil rouge ? L’humain.
LPL. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser aux aumôniers militaires protestants ?
KSB. L’envie de découvrir un métier, pas assez connu et pourtant essentiel à notre armée et la possibilité de partager leur quotidien sur le terrain. Leur métier, je devrais dire leur mission, pose des questions fondamentales sur la vie et la mort, la liberté, la guerre, la paix, questions qui sont au cœur des relations humaines. C’était à leur tour d’être entendus.
LPL. Comment vivent-ils d’accompagner des hommes confrontés à la mort, à la souffrance, aux dangers ?
KSB. Les soldats sont amenés à vivre des situations extrêmes : combattre, tuer, être tués, souffrir, connaître la peur. L’aumônier se tient au plus près. Il est celui à qui ils peuvent parler, confier leur détresse sans appréhension, sans la distance hiérarchique, sans crainte du jugement des autres. Artisans de paix, les aumôniers militaires protestants apaisent par leur présence bienveillante. Leur écoute vient avant la Parole qui suit ou pas. C’est souvent une planche de salut pour ces militaires confrontés à la mort et formés à se taire. Ils répondent à un vrai besoin pour des hommes, jeunes, qui sont souvent dans un grand vide spirituel.
LPL. Quelle formation reçoivent les aumôniers militaires ?
KSB. Ils sont instruits par la Formation Inter Armée des Aumôniers Militaires, la FIAM. Ils doivent être autonomes, ne pas être une charge, donc suivent un entrainement militaire avec les autres soldats. Une des singularités des aumôniers militaires est, d’une certaine manière, qu’ils peuvent être interchangeables. Tous parlent avec des militaires musulmans, juifs, catholiques ou athées de leurs difficultés ou de leur désarroi. Les personnes qu’ils soutiennent leur disent souvent ne pas partager leur foi mais apprécier leur présence et leur soutien. L’aumônier militaire est un aussi auxiliaire précieux au commandement. Il ou elle est la personne qui prend le pouls du régiment. Comme des éponges.
LPL. Quelle est la position des aumôniers militaires dans la hiérarchie ?
KSB. Elle est significative de leur mission. Les aumôniers militaires portent ce qu’ils appellent un « grade miroir ». Cela signifie qu’ils ont celui qui leur fait face. Ils sont général avec un général, caporal avec un caporal, lieutenant avec un lieutenant. Ils endossent alors le grade de la personne à laquelle ils parlent, ce qui leur permet d’entrer naturellement en relation avec les uns et les autres au sein de l’institution militaire. Cette égalité dit tout de l’esprit qui les anime.
"Une croix sur le treillis" Photos et textes de Karine Sicard Bouvatier avec l’Aumônerie protestante aux armées, éditions Olivétan, 180p, 35€
