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Un formidable vin nouveau - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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Un formidable vin nouveau

Un formidable vin nouveau

Cultes du dimanche 9 octobre 2016

Lecture : Jean 2 : 1-22

Un de mes projets principaux, pour ma jeune retraite, est un rêve que j’espère utile et que j’espère pouvoir concrétiser, en concertation avec l’Église.
C’est de faire du Conseil, non pas en entreprise bien sûr, mais auprès de paroisses mal en point.
Puisqu’un certain nombre de paroisses rétrécissent, vieillissent, n’ont plus les moyens d’entretenir ou d’innover, et se posent tristement la question de leur survie à un moyen terme. Elles auraient besoin d’un nouveau souffle et d’un nouveau projet. Peut-être peut-on les y aider ?
La condition essentielle pour se redynamiser est évidemment qu’une telle paroisse ait l’envie de se remettre en question, et innover. C’est pour cela que ce projet pourrait s’appeler « Vin nouveau », en référence au chapitre 2 de l’Evangile de Jean, qui annonce un formidable renouvellement de la religion de son temps.
Je vous propose alors de visiter ce magnifique chapitre 2 de Jean, un peu comme une avant-première pour ce projet – même s’il va sans dire que Pentemont-Luxembourg n’en a pas besoin, elle qui est au contraire un superbe exemple de dynamisme et d’audace !

De curieuses noces à Cana ; des marchands chassés du Temple ; une énigmatique réponse de Jésus aux prêtres… Que se passe-t-il donc dans ce chapitre ?

En réalité, un vrai drame, en trois actes :
Les noces : tout commence bien ;
Les marchands chassés : tout se détraque ;
Enfin l’annonce par l’acteur de sa propre mort à la fin du spectacle…

Premier Acte : les noces à Cana, ce mariage où le vin vient à manquer, et où, miracle, Jésus transforme de l’eau fraîche en vin.
Regardons de plus près :

  • Des noces. Mais auxquelles Jésus participe. Et si elles symbolisaient d’autres noces ? Et si le marié, c’était Dieu, et la mariée, Israël, selon une image classique de la Bible ? Et si le fiancé était alors Jésus, et la fiancée le peuple ? Alors ce premier Acte annoncerait les noces de l’acteur principal, Jésus, avec l’humanité
  • Des jarres de pierre, six, de cent litres chacune… De belles pièces, mais fixes, rigides, inamovibles. Comme un décor imposé et figé. Evocation, cette fois, du Temple de Jérusalem ? Justement, de telles jarres ne pouvaient servir qu’à des ablutions rituelles…
  • Et voici que la mère du personnage principal vient lui demander quelque chose ; lui la rejette ; mais – premier coup de théâtre – il se lève et agit quand-même…
  • Nouveau coup de théâtre : de l’eau soudain changée en vin, un vin nouveau, meilleur que le précédent… Meilleur ? Tiens, d’habitude c’est l’inverse…
  • Les acteurs et les figurants de la noce n’y comprennent rien, mais les serviteurs, les témoins – comme nous peut-être ? – eux, ont vu… Et ont cru.

Or le plus important, qui ne se voit pas, mais que les lecteurs-spectateurs savent, c’est que les jarres destinées aux ablutions, c’est-à-dire aux rituels religieux, une fois remplies d’un liquide fermenté, du vin par exemple, deviennent définitivement impures, et donc inutilisables au yeux de la loi religieuse.
Et c’est cela qui se passe !
Dès lors, ce vin nouveau, meilleur que le précédent, pourrait être plus qu’un jeu de scène ou un miracle initial, mais un prélude et une parabole de la fin de la religion ancienne, épuisée – « ils n’en ont plus ! », dit le texte – remplacée par une foi nouvelle. Celle qu’apporte le personnage central, Jésus. Une meilleure, qui, comme le vin nouveau, réjouit le cœur.

Et on comprend que maintenant ce personnage principal va entrer en action.

Et c’est le Second Acte, dans un nouveau décor : le Temple lui-même cette fois-ci.
Jésus en chasse les marchands. Un épisode présent dans les trois autres Evangiles de nos Bibles, mais à la fin, quand Jésus entre dans Jérusalem pour la dernière fois, pour y mourir. Ici, chez Jean, l’épisode se situe au contraire au tout début, au commencement du ministère de Jésus. Et c’est une scène plutôt mouvementée, spectaculaire, la plus mouvementée des Evangiles, avec des coups de fouets, des cris, des meubles renversés, des animaux qui courent ou qui s’envolent au milieu du théâtre… Mais une scène qui, déjà, est dramatique.
Car que se passe-t-il ? La condamnation de la confusion entre foi et « business » ? Oui, bien sûr.

Mais cela va beaucoup plus loin :

  • les marchands du Temple étaient indispensables au fonctionnement même du Temple, puisqu’ils vendaient les animaux, purs, pour les sacrifices rituels, sacrifices qui étaient l’activité centrale du Temple ;
  • de leur côté, les changeurs étaient eux aussi indispensables, puisqu’ils offraient la monnaie juive consacrée, seule acceptée dans l’enceinte du Temple, en échange de la monnaie vulgaire romaine, commune à tous. Ils étaient donc tout aussi indispensables au fonctionnement du Temple et de la religion ancienne ;
  • quant au héros, il est explicite : il ne se contente pas de condamner le « business » du Temple, il affirme que la raison d’être du Temple n’est pas de marchander avec Dieu – rituels et sacrifices en échange de pardon, bénédiction et prospérité – mais de prier, tout simplement prier, parce que cela seul importe et que le reste ne sert à rien. En un mot, par cette scène inaugurale, Jésus bloque le fonctionnement du Temple, bloque la religion ancienne et ses rites, enraye sa logique de marchandage avec Dieu, et propose au peuple stupéfait – et aux lecteurs-spectateurs – une nouvelle logique : la prière, celle du cœur, comme seul nécessaire.

Donc : après la fin annoncée de l’ancienne religion, qui se terminait dans la joie du vin nouveau, la fin du Temple, dans l’affrontement et le scandale.
Et soudain se rejoignent ces deux premiers actes du drame : les noces puis les marchands chassés annoncent ensemble, et déclenchent, la fin d’une religion épuisée et l’offre d’une foi libérée.

Mais ils manquent un dénouement, un avenir. C’est le Troisième Acte : Un bref dialogue où le vrai drame surgit.
Les juifs traditionnels et leurs chefs, ulcérés, mis en cause tant dans leur fonction religieuse traditionnelle que dans leurs revenus tout-à-fait concrets, se rebellent :
« Qui es-tu, pour oser provoquer un tel scandale ?
Quel miracle, pour te légitimer ? »
Et à nouveau, dans ce qui est beaucoup plus qu’une pirouette ou une dérobade, Jésus scelle le destin du Temple. Il est tout neuf, et magnifique, ce Temple d’Hérode, à peine achevé, 46 ans de travaux, une véritable merveille ; l’espoir et l’identité de tout un peuple !
Et Jésus propose de le détruire ?
Et Lui le relèvera ?
Absurde et impossible, évidemment. Sauf… sauf s’il s’agit de substituer au Temple un nouveau Temple, une nouvelle religion.

En réalité, Jésus, à 30 ans, annonce déjà, dès le début de son action publique, sa propre mort.
Le personnage central prédit sa mort prochaine.
Le Temple à détruire, c’est certes celui-là, tout neuf, avec le type de religion qu’il symbolise. Mais c’est surtout lui-même, Jésus, qu’il faudra détruire. Et il emmènera dans sa mort le Temple de Jérusalem, qui sera cloué avec lui sur une croix – et sera d’ailleurs détruit quelques années plus tard. L’ancienne religion, épuisée, sera condamnée et clouée avec lui sur sa croix.

Mais le dénouement n’est pas encore à son terme : Jésus annonce aussi sa résurrection. Et c’est cette résurrection qui désignera le nouveau Temple : lui-même, Jésus ! Non pas son corps, qui disparaîtra après 40 jours de présence ressuscitée auprès de ses compagnons et compagnes, mais dans la rencontre qui s’est produite en lui, entre nous les humains et Dieu, un Dieu d’amour, de pardon, de paix et de joie. Une rencontre dont la clef est la foi, la confiance en lui, en ses paroles, en cette vie qu’il offre, différente, détournée de soi-même, et qu’il nomme ‘’éternelle’’.
C’est le triomphe final du personnage principal, après son sacrifice ;
c’est le triomphe du Christ.

Et l’on comprend la logique un peu folle de ces trois actes, qui s’enchaînent dès le tout début de l’Evangile de Jean : juste après avoir rassemblé ses compagnons les disciples, Jésus annonce son programme :
- premièrement, à Cana, proposer une vie religieuse nouvelle ;
- deuxièmement, à Jérusalem, clore la religion ancienne ;
- troisièmement, préfigurer dans son corps la nouvelle relation à Dieu, l’intimité avec Dieu.
C’est la mission du Messie. Et le livret du drame : remplacer l’ancienne religion sclérosée, épuisée, stérilisée – je parle bien de la religion du Temple il y a 2000 ans, nullement de la religion juive depuis ! – par un vin nouveau, une religion nouvelle, dépouillée de ses anciens rites, sacrifices et marchandages, par cette foi nouvelle, offerte gratuitement, offerte à la joie, à la paix intérieure et fraternelle, à l’amour : l’amour que nous recevons de Dieu, l’amour que nous partageons avec nos prochains.

Et nous comprenons que c’est aussi à nous que Jésus, que ce drame s’adresse, nous les lecteurs-spectateurs de ce chapitre. Il nous invite expressément à sans cesse bousculer nos habitudes, nos routines, nos coutumes, nos liturgie, nos bâtiments, nos activités, parce qu’elles ne sont pas l’essentiel. Notre vin neuf doit s’échapper de nos mains, s’écouler, pour s’offrir et désaltérer nos contemporains.
Et c’est ce qui s’est fait, ici, depuis plus de dix ans, et que vous continuerez. C’est ce que toute Eglise, toute notre Eglise Protestante Unie de France, et toute Eglise, est toujours appelée à faire : accepter de bouger pour ne pas mourir, changer, évoluer, toujours oser, inventer, innover, avoir de l’audace, pour que le vin nouveau, son vin nouveau, son formidable vin nouveau, se répande et abreuve tous les assoiffés de sens qui forment la majorité de nos contemporains, et qui sont là autour de nous, de vous.
Si Jean a raison, si ce drame a raison, le protestantisme a eu raison d’affirmer, parmi ses six convictions fondatrices, que l’Église réformée est toujours à réformer.
Si Jean a raison, si ce drame a raison, c’est bien cela que Dieu attend de nous, de nos communautés, de chacun de nous : oser devenir une Eglise de témoins. De témoins au singulier : chacune de nos communauté, et chacun, chacune de nous. Moi. Toi. Appelés à nous renouveler, appelés à oser.
Parce que Dieu nous offre de briller. Briller de l’amour reçu, briller du pardon reçu, briller de l’accueil reçu, de la foi reçue, de l’identité nouvelle reçue, de la paix, de la fraternité, de la joie reçues.
Permettre, par notre témoignage, à nos contemporains de retrouver le sens et la confiance ; permettre, par notre témoignage, au Christ de les retrouver – hier, on aurait dit « les sauver ».

Et pour ne pas finir d’une note trop dramatique, une histoire :
Un jour, Dieu demande à quelqu’un de très bien, de très croyant, de très protestant, quelque chose de pas très protestant, en faveur de quelqu’un ou quelque chose qui a besoin d’aide.

  • « Mais, Seigneur, tu sais bien que c’est contre mes convictions ! » proteste-t-il, ou elle.
  • « Tu sais, répond Dieu, tes convictions ne m’intéressent pas trop… Ce que je te demande, c’est de l’amour ! »

Jean-Paul Morley