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Trois images insolites pour parler de l’Eglise - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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Trois images insolites pour parler de l’Eglise

Trois images insolites pour parler de l’Eglise

Cultes de rentrée, 18 septembre 2016

Lecture : II Cor 2 vs 14 à 3 vs 6

Réécoutez cette prédication :


Le texte que nous venons d’entendre n’est pas le texte du jour proposé par le calendrier officiel. C’est moi qui l’ai choisi pour ce culte de rentrée. Ce texte a été lu par quelqu’un pendant la première pause prière de jeudi, ici, dans ce temple de Pentemont, il y a deux semaines. Je me suis dit : voilà une belle et forte parole pour nous tous, pour la rentrée et la mise en route de notre communauté pour cette année 2016/2017.
Paul y emploie quelques images assez surprenantes pour parler de l’Eglise, qui me semblent tout à fait intéressantes à méditer ce matin. Nous y trouverons quelques éclairages pour notre vie commune, notre marche et mission commune, à la suite du Christ.
Première image qui frappe : le parfum. Paul dit aux chrétiens de Corinthe auxquelles il adresse ses mots : « Dieu vous utilise pour faire connaître le Christ comme un parfum dont l’odeur se répand partout ». Dieu vous utilise comme un parfum ! C’est poétique et original de parler de l’Eglise ainsi, mais profond, aussi. Nous y revenons.
Deuxième image frappante : Paul dit « Vous êtes une lettre ouverte du Christ, écrite par l’Esprit de Dieu ». La communauté comme une lettre ouverte, destinée à tous et qui parle du Christ. Nous y revenons aussi.
La troisième image est plus difficile à saisir dans le texte – je pense qu’elle vous a échappé, comme elle m’a échappé dans une première lecture - c’est l’image du cortège d’une armée victorieuse qui entre dans une grande ville au milieu d’une foule de spectateurs et avec, à sa tête, le chef de guerre qui a amené son armée à la victoire.
Image aussi surprenante que les deux autres et qui nous est sans doute plus étrangère encore. Entre autre parce qu’elle appartient entièrement au monde de l’Antiquité, plus précisément le monde romain ou hellénique. Certainement Paul a un tel événement en tête quand il écrit « Loué soit Dieu quand Il nous entraîne sans cesse dans le cortège de victoire du Christ ».
Disons-le toute suite : il ne faut surtout pas se méprendre sur cette image dans la bouche de Paul. La victoire du Christ n’est justement pas celles des armes, de la loi du plus fort, de la violence… elle est tout autre, elle est celle de l’humilité et de l’amour, du service et de la solidarité, bien contraire à la loi du plus fort, et de la violence entre les hommes. Le Christ veut nous entraîner derrière lui sur un chemin toute autre que les victoires politiques et militaires. C’est à dire celles où il y a toujours des perdants, des éliminés et des humiliés, ou en cas de guerre des victimes et des morts. Le Christ, le crucifié, l’éliminé, n’est-il pas justement du côté des éliminés, des victimes de l’histoire, et sa Résurrection nous dit que Dieu lui-même a choisi d’être de son côté.
Avant de revenir sur ces trois images, quelques mots sur deux expressions de Paul au début du texte. Deux expressions révélatrices, à mon avis, de ce qu’est l’église, de ce que sont notre mission et notre responsabilité. Elles nous placent dans la bonne perspective pour comprendre l’ensemble de ce texte : Paul dit « Dieu nous utilise pour faire connaître le Christ »… « Dieu nous utilise », Dieu veut nous utiliser vous, moi, chacun de nous…
Oui, la raison en est évidente : Dieu a besoin de nous parce que Dieu n’a pas d’autres pieds, de mains, de visages dans ce monde, que nos pieds, nos mains, nos visages pour rendre présent le Christ aux autres… C’est à travers nous que le Christ devient vivant aujourd’hui pour les autres, que Son Evangile prend forme et réalité aujourd’hui, là où nous vivons et travaillons, aimons et peut être souffrons… Dieu compte sur nous, sur vous, sur chacun de nous… comme vous êtes, comme je suis, pour répandre la bonne odeur du Christ… pour reprendre l’expression originale de Paul.
Dieu compte sur nous ! Sur moi ! Certes, si nous prenons au sérieux cette phrase, cela peut nous faire peur : est-ce que je me sens pas prêt ou disponible ou à la hauteur de cette responsabilité : que Dieu compte sur moi, qu’il a besoin de moi ? Pas sûr…nous connaissons trop bien nos faiblesses et nos failles, notre volonté hésitante et nos trop nombreuses distractions.
Il peut être utile ici de rappeler une parole de Saint Augustin, qu’il répétait souvent : « Ce que Dieu nous demande, il nous le donne toujours d’avance ». Nos forces sont limitées, nos bonnes volontés parfois fragiles… C’est pourquoi Dieu nous donne sans cesse son Esprit et sa Parole, Il nous donne une communauté de frères et de sœurs pour soutenir notre engagement, nourrir notre foi, renforcer et élargir notre amour, approfondir notre espérance dans un monde compliqué et angoissé. Ce que Dieu nous demande, il nous le donne d’avance. Oui, La grâce précède nos engagements, nos œuvres, comme disait Luther. Dieu merci !
Paul le dit à sa manière dans notre texte, je le cite : « En effet, nous ne pouvons prétendre en aucune façon être capables d’accomplir une telle œuvre par nous-mêmes. Ce que nous sommes capable de faire vient de Dieu ; c’est lui qui nous a rendus capables d’être serviteurs d’une nouvelle Alliance. »
Paul dit aussi, toujours dans le même texte, « Dieu nous entraîne sans cesse ». Elle est belle, cette expression. Elle est à méditer aussi….au début de cette année. Dieu nous entraîne sans cesse… pour nous ouvrir toujours plus à la vraie vie, à l’amour, vers nos frères et sœurs en humanité, à une vie solidaire, une vie attentive aux autres, une vie - tout simplement avec les autres - qui refuse de nous laisser réduire à l’individualisme ambiant, une vie qui refuse de nous laisser réduire à être des objets ou des acteurs de consommation et de loisirs : l’être humain mérite plus, l’être humain désire plus, l’être humain est plus que cela ! Tout être humain est une histoire sacrée et spirituelle comme dit si bien Jean Vanier, philosophe chrétien et fondateur de la communauté de l’Arche, où personnes handicapées et personnes valides vivent ensemble au quotidien. Dans l’Eglise Dieu nous entraîne sans cesse vers un plus, un élargissement de notre cœur, un élargissement de notre horizon de « vivre ensemble », de notre solidarité et de notre humanité …
Si nous sommes là, si vous êtes là, si vous amenez vos enfants à l’Ecole Biblique ou au Catéchisme, si vous participer aux activités de l’église d’une manière ou d’une autre, si vous venez au culte, c’est parce que nous cherchons tous à être entraînés par le Christ sur des chemins marqués par son Evangile et son message, par sa Parole, par son Esprit.
Au fond, l’Eglise est ce lieu d’entraînement pour vivre l’Evangile, pour apprendre à aimer, à agir, à voir et à croire, à vivre selon le Christ, habité par sa confiance en Dieu, par son amour pour les autres, par son espérance pour un monde plus fraternel et juste.
C’est une illusion de croire qu’on peut être un chrétien seul, sans la communauté, sans se former, sans se confronter aux paroles du Christ, sans le culte…..bref sans entraînement. Chaque sportif le sait : l’entraînement régulier porte ses fruits, au-delà de ce qu’on a imaginé… Cela est vrai aussi pour la vie spirituelle. Oui, le culte est un lieu important d’entraînement : on se soutient mutuellement. Nous le savons tous : c’est plus facile de prier ensemble que de prier seul ! Mais il y a plein d’autres manières de nourrir sa foi, même quotidiennement. Il y a d’abord la Parole que Dieu nous a donnée comme « notre » nourriture spirituelle chaque jour. Notre pain quotidien. Pourquoi s’en priver si Dieu le donne ?
Revenons sur nos trois images insolites de Paul pour parler de l’Eglise.
Le parfum. Le parfum n’a pas besoin de paroles. Il parle pour lui-même, par son doux parfum qu’il répand : odeur agréable avec un brin de séduction offerte gratuitement à l’autre - bien que parfum précieux - offerte en toute liberté à l’autre ; le parfum attire l’attention de l’autre d’une manière fleurie et légère, sans mots….en douceur…
Et Paul de dire à la communauté chrétienne à Corinthe, « Vous êtes un parfum pour le Christ. » Autrement dit : Soyez une communauté qui attire, qui séduit, qui offre quelque chose de précieux en toute gratuité, qui communique avec douceur, respectueuse de la liberté de chacun, qui invite et donne envie sans rien imposer…
Vous voyez comme est belle cette image pour parler de l’Eglise, de la communauté chrétienne qui veut attirer l’attention des autres sur le Christ et Son Evangile. Une communauté qui est fraternelle, bienveillante, qui respecte la liberté des autres, qui n’oublie jamais l’humilité et la douceur du Christ comme parfum de la vie commune, Oui, cette communauté-là sera attirante et donnera envie, envie de la rejoindre, envie de découvrir l’Evangile comme une Bonne Nouvelle pour nos vies et pour le monde ; cette communauté donnera envie de rejoindre Le Christ qui la fait vivre, qui l’a fait respirer et qui sans cesse la renouvelle.
Puis Paul dit dans le même sens aux Corinthiens : « Vous êtes une lettre ouverte du Christ ». Autrement dit ce sont les hommes et les femmes et leur manière d’être, d’être ensemble, d’être pour les autres qui sont le premier message, la première parole aux autres. Sans avoir fait des études de communication, Paul a raison : nous communiquons d’abord avec les autres par notre manière d’être, plus que par nos paroles.
Le discours chrétien passe souvent mal, c’est comme si les paroles chrétiennes avaient pris trop de poussière au fil des siècles ; trop de pages noircies d’encre noire, dans l’histoire de l’Église, ont obscurci la limpidité du message du Christ pour nos contemporains et aussi parfois pour nous même. Comment communiquer l’Evangile aujourd’hui dans le monde qui est le nôtre, profondément déchristianisé, éloigné de son propre passé chrétien dont le discours ne passe plus ?
Une communauté vivante, accueillante, fraternelle, qui vit de l’Esprit et de la Parole du Christ par sa manière d’être, peut être, aujourd’hui, une lettre ouverte du Christ, lisible pour les autres, crédible pour les autres. Ou encore lumière ou sel pour le monde, comme le dit notre Seigneur avec deux autres images dans le Sermon sur la Montagne.
Cela m’amène à dire un dernier mot sur l’image du cortège.
Je l’ai rappelé tout à l’heure : ce scénario de l’entrée triomphale d’un vainqueur d’une guerre dans une grande ville, est typique de l’Antiquité, surtout dans l’Empire romain. Paul parle ici de l’Eglise comme ce cortège derrière le Christ vainqueur. Certes, l’image est assez guerrière, mais, je l’ai dit déjà : en réalité il s’agit ici d’une victoire qui est le contraire de toute guerre humaine : la victoire de la croix est bien la victoire de l’amour sur la violence, du pardon sur la haine, de la vie sur la mort.
En tant que chrétiens nous croyons que Dieu a ressuscité le Christ. Dieu a donné ainsi la victoire de la vie au crucifié. Le jour de Pâques, Dieu a donné la victoire au Christ et au message du Christ. Autrement dit : ce ne sont pas la loi du plus fort, la loi de la violence et de la puissance qui ont le dernier mot pour Dieu, mais la vie et le message du Christ, image et visage de Dieu pour nous à tout jamais. C’est pourquoi Dieu l’a ressuscité pour qu’il soit vivant pour nous, au milieu de nous, comme source d’une vie nouvelle, d’un chemin nouveau, d’une éthique nouvelle, pour les hommes à tout jamais.
Depuis l’antiquité des hommes et femmes ont été touchés par le message du Christ, par sa mort et sa résurrection, par sa parole et sa relation unique avec Dieu, par son invitation à aimer même ses ennemis et à vaincre le mal par le bien. Depuis l’Antiquité des hommes et femmes se sont mis dans le cortège du Christ….de siècle en siècle ce cortège a grandi ; il inclut plus de deux milliards d’ humains aujourd’hui et ce n’est pas fini…
De ce cortège du Christ nous faisons partie, vous et moi, nous petite communauté protestante au cœur de Paris. Et j’en suis fier… d’en faire partie, et vous aussi j’espère. Et cela malgré les trahisons des chrétiens de l’Eglise au fil des siècles, que nous connaissons trop bien. Nous croyons avant tout dans la victoire du Christ, qui ouvre aux hommes et femmes que nous sommes un chemin toujours ouvert et nouveau, sous le signe de la résurrection, de la réconciliation et du renouvellement de nos vies.
Il nous entraîne avec lui, sans cesse, comme dit l’apôtre Paul.
Notre communauté chrétienne sera réellement vivante, attirante, lettre ouverte du Christ, parfum pour le monde, si nous nous laissons entraîner par le Christ lui-même.
Il est la seule raison de notre vie ensemble, de notre « vivre ensemble », de notre projet de vie et de notre espérance.
Que nous soyons, avec la grâce de Dieu et par la puissance de Son Esprit,
une lettre ouverte du Christ pour les autres,
oui, un parfum qui répand la bonne odeur de l’Evangile,
aujourd’hui au cœur de cette grande ville de Paris.

AMEN