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Ecouter pour ne pas s’épuiser, par le pasteur Andreas Lof - Culte avec les (...) - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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Ecouter pour ne pas s’épuiser, par le pasteur Andreas Lof - Culte avec les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

Ecouter pour ne pas s’épuiser, par le pasteur Andreas Lof - Culte avec les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

Cultes du dimanche 16 octobre 2016, avec les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

Lectures :

  • Exode 18 vs 13 à 26
  • Luc 10, 38 à 42

Comment vivre ses convictions et valeurs chrétiennes dans un milieu si marqué par la concurrence, et parfois la concurrence dure et sans pitié, que celle des entreprises et le monde économique ?

Comment créer des conditions de travail dans son entreprise qui soient respectueuses des hommes et des femmes qui y travaillent, et cela à tous les niveaux de son entreprise ?

Comment trouver un petit moment pour un rendez-vous avec Dieu dans un agenda surchargé ?

Comment trouver le temps pour écouter son corps, sa santé, son enfant, son conjoint, quand le poids des responsabilités et le rythme effréné des jours nous semblent voler le temps ou la disponibilité de l’écoute de soi-même et de ses proches ?

Comment refuser, dans une société profondément déchristianisée, de laisser ses convictions chrétiennes et son appartenance au Christ à la maison et décider, au contraire, de les amener au travail jusque dans son bureau et dans la discussion avec les autres ou dans les décisions à prendre ?

Voilà quelques questions devant lesquelles un dirigeant, un chef d’entreprise qui prend son engagement chrétien au sérieux, , se voit confronté sans cesse. Elles sont en partie celles que beaucoup d’entre nous se posent, quel que soit notre engagement dans le monde du travail, dans la vie associative ou dans la vie d’église.
Cette confrontation entre nos convictions chrétiennes et le monde réel est pour nous tous un véritable défi. Elle nous confronte à ce que nous aimerions vivre et la réalité de tous les jours ; nos bonnes intentions de chrétiens et nos échecs et difficultés de réaliser une vraie cohérence entre notre foi et notre quotidien, entre nos convictions profondes et les actes que nous posons ou qui s’imposent à nous. Cette difficulté nous renvoie à notre relation à Dieu, restée souvent à mi-chemin quelque part, à notre relation à nous-même et à notre frustration de ne pas être ce que nous désirons être au nom de l’Evangile. Cela nous renvoie à nos limites et les limites que la réalité nous impose…

La cohérence avec nous-mêmes, avec nos valeurs, avec notre foi en Dieu Dieu est toujours à rechercher, à re-choisir, à construire, à demander à Dieu. Et cela est sans doute vrai pour le dirigeant chrétien, comme pour tout chrétien, selon la place où Dieu nous a appelés. Le chrétien sera toujours amené à méditer la vie du Christ. Ce Christ qui nous est révélé dans l’Evangile comme un homme qui était admirablement cohérent avec lui-même, avec Dieu, avec sa recherche du Royaume, tout au long de sa vie.

Croire au Christ n’est-il pas aussi croire qu’avec lui, par son Esprit en nous, nous pouvons tous grandir vers plus de cohérence ? Vers plus de cohérence intérieure, plus de cohérence entre notre appartenance au Christ et notre engagement dans le monde. C’est le désir du Christ de nous unifier toujours davantage et c’est son Esprit qui œuvre déjà à cela en nous. Plus nous accueillons son Esprit, plus il unifie nos vies.

Avec le groupe de préparation, nous avons bien sûr regardé du côté de la Bible pour trouver des textes en lien avec le monde du travail. Nous avons alors très vite constaté que les entrées étaient multiples et vastes : évoquons quelques sujets comme la justice sociale, la responsabilité des dirigeants du peuple, politiques ou religieuses, l’argent, la fructification des dons reçus de Dieu…
Nous avions évoqué que Jésus avait sa petite entreprise comme charpentier. Ses paraboles montrent clairement que Jésus connaissait très bien le monde du travail de son temps. Il évoque dans ses paraboles des situations de dettes, de créanciers, de chômeurs, de trésoriers malhonnêtes… et je pourrais facilement allonger la liste. Le plus étonnant est que Jésus parle de tout cela pour nous parler du Royaume de Dieu. Il nous en parle comme s’il s’agissait d’une une réalité cachée dans le monde, comme un trésor caché, comme une réalité intérieure de cette même réalité qui nous semble si souvent éloignée de Dieu et de son Royaume.
Nous avons finalement choisi les deux textes lus tout à l’heure : celui de Moïse qui s’épuise dans sa tâche et qui est interpellé par son beau-père pour s’y prendre autrement et le récit où Jésus interpelle Marthe sur son agitation et sa difficulté de se poser pour écouter Jésus comme le fait sa sœur Marie.

Disons d’abord un mot sur le texte d’Exode 18 et l’interpellation de Jethro envers Moïse.
Cet épisode se situe après la libération des Hébreux, de l’esclavage en Egypte, sous la conduite de Moïse. Moïse se trouve ensuite responsable de ce peuple – hier encore esclave - et c’est vers lui que montent tous les problèmes et querelles de ces hommes et femmes qui apprennent à vivre ensemble et cela lui prend de plus en plus du temps et d’énergie. Le beau-père de Moïse observe tout cela et lui donne un conseil plein de sagesse et de bienveillance :« Moïse tu t’épuises en faisant ainsi. Tu devrais procéder autrement. Nomme 70 hommes de confiance, de valeur, aimant la vérité, incorruptibles et respectant Dieu, pour s’occuper de tout cela et laisse seulement monter vers toi les cas vraiment importants ou difficiles ! »
Moïse, dit le texte, écoute le conseil de son beau-père et met en place ce qu’il propose : un système de gouvernance décentralisée, de délégation de responsabilités, fondé sur la confiance qu’il met dans 70 hommes choisis selon les critères qu’on vient d’énumérer.
Voilà ce qui est très intéressant : la première fois dans la Bible qu’un homme porte de grandes responsabilités pour organiser le vivre ensemble d’un groupe – Moïse - le conseil est donné d’adopter le principe du partage des tâches, de la délégation des responsabilités, de fonctionner sur la base de la confiance partagée et la coopération.

Voilà ce qui donne à méditer pour la vie d’église et son organisation ! Voilà ce qui n’a pas perdu son actualité pour le monde du travail et tous ceux qui portent des responsabilités ! Voilà ce qui donne à réfléchir à tous ceux qui, un jour ou l’autre, peuvent se reconnaître en Moïse ; tous ceux qui s’épuisent dans leur tâche parce qu’ils ont sans doute porté trop de choses et porté trop de choses trop seul !

Ah… l’art de déléguer ! De savoir déléguer… de choisir de déléguer.
L’art de faire confiance aux autres dans des domaines où je me croyais seul compétent…
La sagesse de savoir dire à soi-même « stop j’en fais trop ! J’atteins mes limites ! ».
L’art d’écouter un bon conseil au bon moment et de le mettre en pratique !
L’art de discerner les hommes et les femmes de valeur qui savent travailler en équipe !

C’est étonnant et magnifique ce récit de Moïse et son beau- père Jethro qui pose déjà toutes ces questions, bien sûr, dans son contexte et dans son temps. Mais quand même… combien cette question d’épuisement, de débordement, de burnout est-elle d’actualité dans un monde où tout s’est accéléré et complexifié et qui demande sans cesse des adaptations et des anticipations exigeantes ! Et nous le savons : pour cela le responsable d’une entreprise est en première ligne.

C’est beau de voir, de lire que Moïse a l’humilité d’entendre le conseil de son beau-père, de s’y prendre autrement. Jethro avait été toute sa vie un bédouin qui avait promené ses moutons et famille dans le désert. Moïse avait été éduqué à la cour du Pharaon comme un prince. Et à la cour d’Egypte on savait des choses sur l’organisation et l’art de gouverner un peuple ! Moïse écoute humblement son beau-père et reconnaît le bon sens de son interpellation. « Délègue Moïse, fait confiance aux autres et tout ira mieux ! »

Nous sommes dans un tout autre contexte que celui du monde de travail ou de responsabilité avec notre deuxième récit.Ici, Jésus s’est invité à la maison de Marthe et de Marie, deux sœurs, amies de Jésus. Marie au pied de Jésus prend le temps d’écouter sa parole et d’être avec lui. Marthe s’agite dans la cuisine et fait le reproche à sa sœur de ne pas l’aider. C’est la réaction de Jésus qui interpelle Marthe, qui sauve notre histoire de l’anecdotique, et justifie sa place dans l’Evangile de Luc. Parole de Jésus qui a été méditée tout au long de l’histoire de l’Eglise à partir des premiers siècles. Jésus dit à Marthe : « Marthe tu t’inquiètes de beaucoup de choses mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, et cela ne lui sera pas enlevé »

Dans la tradition monastique, on a souvent commenté cette remarque de Jésus pour montrer la supériorité de la contemplation ou de la vie religieuse sur l’action et la vie dans le monde.

Mais est ce que bien le sens de la parole de Jésus ? Dans sa propre vie Jésus est montré comme un homme qui vit et agit dans le monde. Non, Jésus ne s’est pas retiré comme les moines de Qumran dans le désert, pourtant contemporains ! Pour Jésus, la vie dans le monde et la vie de prière ne sont jamais séparées. Action et prière jaillissent chez Jésus d’une même source, présente en Lui à tout instant : l’Esprit de Dieu qui habite en lui en plénitude. Cela nous donne, je pense, la clé pour comprendre ce qu’est l’unique « nécessaire » que nous avons à vivre et à recevoir, à chercher et à demander à Dieu. Pour que nous puissions tenir ensemble notre engagement dans le monde et notre foi en Dieu.

Cet unique nécessaire est l’Esprit. L’Esprit de Dieu qui est d’abord Sa Présence et son Amour pour nous et que nous recevons dans la relation au Christ, à l’écoute du Christ, au pied du Christ et de sa croix, comme Marie. Parce que ce qui unifie notre vie, notre vie spirituelle et notre vie dans le monde, est cette transformation intérieure que Dieu seul peut opérer en nous, par Son Esprit.

Etre chrétien, agir en chrétien est avant tout une manière d’être où on reconnaît l’esprit du Christ caractérisé par la bonté, l’humilité, la capacité de se mettre à la place de l’autre, d’accueillir tout homme ou toute femme avec le même respect et bienveillance : la femme de ménage et l’employé de la cantine comme l’avocat brillant ou le représentant d’une boite prestigieuse. Cela vient du cœur, de l’intérieur et c’est là une manière de voir qui a été touché, travaillé, transformé par l’Esprit du Christ. C’est son Esprit qui unifie notre vie. Ce trésor de l’Esprit est caché et présent dans les paroles du Christ, dans sa vie relatée par les Evangiles. Il s’offre à nous tous depuis le jour de la Résurrection du Christ. Il se donne dans une relation au Christ.

Marie a donc raison de s’ouvrir au Christ et Marthe s’enferme dans son agitation et ses inquiétudes. Elle passe à côté de "l’unique nécessaire".
Elle finit par faire des reproches.. L’inquiétude du cœur, la tension intérieure, le sentiment d’en faire beaucoup et que les autres n’en font pas assez amène à faire des reproches aux autres, à accuser l’autre, notre frère, notre sœur, notre conjoint. Cela nous arrive à tous.

Comment garder la paix du cœur même au milieu de l’agitation, des mille choses à faire, d’un agenda écrasant ? Celui ou celle qui trouve, même dans l’agitation de ses journées bien remplies, le temps de remettre sa journée, son travail, sa vie et sa personne tout simplement à Dieu, dans un élan du cœur vers l’Eternel, une prière toute simple, il découvrira que cette paix du cœur est possible même quand la charge est lourde. Si vous savez donner des bonnes choses à vos enfants qui le demandent votre Père dans le ciel ne donnera-t-il pas l’Esprit Saint à celui qui le demande ? Parole de Jésus !

Bien sûr ce texte de Marthe et Marie nous renvoie à une autre question et je termine avec cela : la question du temps.

Comment trouver avec toutes les responsabilités qui pèsent sur nous et le rythme parfois impitoyable de nos multiples activités, le temps à part, le temps préservé pour se ressourcer, le temps d’être à l’écoute, l’écoute de Dieu, mais aussi de soi-même, de son conjoint peut-être ?Comment trouver le temps où l’on prend le recul nécessaire pour retrouver ce qui est essentiel,pour écouter nos profondeurs, ou simplement le temps de se reposer, de respirer, de se faire du bien, dans le silence, dans la nature, avec l’autre, avec un livre qui nous nourrit, ou une musique qui emporte le cœur ailleurs… ?

La vie spirituelle a besoin de cela, plus que jamais dans un monde ou le rythme de vie, et nous en savons quelque chose dans cette grande métropole de Paris, tend à étouffer en nous la respiration de l’âme, le calme pour écouter nos profondeurs, le silence pour écouter la voix intérieure et la voix de Dieu. Oui, le choix de se donner, de s’offrir du temps à l’écart, le temps du repos, le temps du ressourcement, de la gratuité est un choix spirituel, un choix responsable, un choix nécessaire pour nos vies, nous les citadins de cette grande ville, si souvent emporté par son rythme de vie.

Comment ne pas évoquer, ici, l’idée si profondément biblique du sabbat, le 7e jour que Dieu offre à l’homme comme un jour du repos, de gratuité, de ressourcement. Le Dieu créateur lui-même s’est reposé le 7e jour de son travail créateur et de son entreprise créatrice. Et il demande à l’homme d’en faire autant ! Pour se rappeler que nous ne sommes pas, jamais, seulement définis par ou réduits à notre travail. Dieu merci.

Nous avons tous fait l’expérience un jour qu’en prenant du recul, un congé, du repos nous retrouvons souvent la distance nécessaire pour savoir ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas, et souvent nous avons le sentiment de nous retrouver nous-mêmes. L’idée du sabbat est aussi une proposition de Dieu à l’homme pour conserver sa vie spirituelle, le temps du repos et de la respiration, de la gratuité et de l’écoute de soi et de Dieu, nécessaire pour l’intérieur de l’homme et sans lequel la vie spirituelle se perd, s’étouffe, se dessèche…

Que chacun de nous puisse trouver et choisir dans sa vie ces moments à part, ces temps de ressourcement, quelque soient les formes, les lieux ou les modalités, pour préserver son être intérieur, pour retrouver ses forces et le sens des choses, de sa vie, de son travail, de ses engagements dans la société ou dans l’église… et cela pour reprendre avec un élan renouvelé et un cœur pacifié ses responsabilités et sa vie quotidienne.

AMEN