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Ce que je crois... - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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Ce que je crois...

Ce que je crois...

Culte du Consistoire à Versailles puis chapelle du Luxembourg , dimanche 26 juin 2016

Lectures :

  • Jean 1 : 1-2 et 4
  • Matthieu 16 : 15-16
  • Jean 6 : 68

Les mots que je vais dire aujourd’hui sont ceux de ma dernière prédication en tant que pasteur de l’Eglise Protestante Unie de France ; dans quatre jour je suis pasteur retraité.
Alors, tant qu’à faire une prédication-testament, autant proposer un vrai testament théologique, et dire tout simplement ce que je crois, ou plutôt comment, moi, je crois.
Ce sera donc totalement personnel et n’engagera que moi, en aucun cas notre Eglise. Et bien souvent cela commencera par « Je ne crois pas que... mais que... ».
Cela risque de choquer. Mais ne vous fâchez pas : je n’ai pas la prétention de dire ce qui est vrai, ce qu’il faut croire ou prêcher, mais seulement ma foi personnelle, sans volonté de provoquer ni d’imposer, mais simplement de la dire, et en quelque sorte de demander l’autorisation d’être chrétien, même si on ne croit pas entièrement à tous les dogmes enseignés par la grande Eglise à travers les siècles. Ou si on y croit autrement. Et qu’on choisit plutôt de croire à ce qu’on trouve vraiment dans la Bible.

Alors promis ? Vous ne me livrerez pas au bûcher ou à la lapidation, comme Etienne, sitôt l’Amen prononcé ?

Je ne crois pas que la Bible soit la Parole de Dieu, comme si la Parole de Dieu pouvait être réduite à un livre écrit et imprimé une fois pour toutes dans des langues humaines ! Mais je crois que la Parole de Dieu s’y trouve et s’y entend, pour quiconque l’écoute, l’interprète, et lui fait confiance. Elle n’est pas la Vérité, mais une vérité essentielle s’y rencontre pour qui l’écoute. La Bible est le récit d’une histoire authentique transformée en prodigieuse parabole.
Et cette parabole est composite, conflictuelle, où des diamants venus du Ciel côtoient des errements et des contre-modèles. Des diamants comme le double commandement d’amour : aimer Dieu de tout son cœur, toutes ses pensées et toute sa force, et son prochain parce qu’il est nous-mêmes. Ou bien comme la clef de la vie : sauver sa vie en la donnant.
Entre ces diamants et ces nombreuses paroles trop humaines, violentes, fermées ou moralistes, chacun de nous est invité à trouver, dans la prière, son curseur personnel.

Je ne crois pas que Dieu soit tout-puissant, comme s’Il était capable, par exemple, de faire disparaître de l’histoire Jésus-Christ et sa croix, ou de se renier Lui-même. Mais je crois, selon les Ecritures – c’est-à-dire en me fondant sur la Bible – qu’Il est puissant Créateur, et puissant Amour. Je crois qu’Il est cette force qui a créé l’univers, et qu’Il est cet amour qui nous a voulus libres, non pour nous juger, mais pour que l’amour puisse vivre, avec Lui et entre humains. Et je ne crois pas non plus que Dieu soit immuable ni impassible, mais, selon les Ecritures, qu’Il est vivant, et qu’Il souffre et aime en nous et avec nous. Et qu’Il change avec nous, en se grandissant sans cesse de chacune de nos vies.

Je ne crois pas que Jésus soit Dieu, mais je crois, selon les Ecritures, que Dieu s’est incarné dans cet homme, né d’une femme et sans doute d’un homme, quel que soit ce dernier. Je crois que la Parole de Dieu, ce Verbe éternel et consubstantiel à Dieu dont parle Jean, est entré et a habité en permanence – comme il le fait par instant en nous – en Jésus de Nazareth, ce Messie qui n’a cessé de prier, d’obéir, de supplier, de se référer à, de supplier et de remercier Celui qui seul est Dieu, et que Jésus appelait son Père. Et c’est ce Dieu qui l’a ressuscité.
Pas Jésus Dieu, mais Dieu en Jésus.

Je ne crois pas que Dieu ait besoin que je souffre ou que je paye pour qu’Il me pardonne, ni qu’Il ait besoin de sang, celui de la croix, pour laver mes péchés. Cela signifierait que ce Dieu d’amour est moins indulgent ou généreux que ne l’étaient mon père et ma mère, ou les vôtres. Mais je crois, selon les Ecritures, que la terrible Croix du Christ nous montre jusqu’où va l’amour de Dieu, combien Il tient à moi, à vous, et jusqu’où aussi va l’amour qu’Il nous invite, nous aussi, à vivre. Et en détournant ainsi sur le Christ tout le mal et la haine du monde, Dieu nous a dit son pardon, dit qu’Il souffre avec nous, et promis la victoire finale de l’amour sur le mal et la mort.

Je ne crois pas que Jésus ait été ressuscité physiquement, corporellement. Mais je crois, selon les Ecritures, que le tombeau était vide et vaincu, et que Jésus était et est à nouveau vivant, à l’intérieur de chaque apôtre puis de chaque croyant, et de l’Église quand elle est croyante. Je crois que Jésus ressuscite chaque fois que nous, nous ressuscitons à travers lui, personnellement ou collectivement. Et chaque fois que nous partageons le pain et le vin en mémoire de Lui.
Je crois qu’il est vivant dans chacun de ceux et celles qui lui donnent leur confiance, et donc qu’Il est vivant grâce à eux, et à la Bible.

Je ne crois pas que nous-même ressuscitions corporellement, bien sûr. Mais je crois, selon les Ecritures et avec Paul, que nous ressusciterons tous, incorruptibles et tous pardonnés, et que l’enfer continuera très longtemps de rester vide. Comment penser que Dieu ne recueille pas le meilleur de chacune de nos vies et de nos personnalités, ce que nous avons eu d’unique, ce que nous avons aimé, voulu, essayé, réussi, espéré, donné, vécu et reçu de beau, tandis que tout le négatif de notre vie sera recouvert par un pardon infini et sera jeté aux oubliettes de la Création ? Le meilleur de nous-même, avec notre personnalité et nos affections, continuera de vivre en Lui, et nous participerons, avec Lui, à inviter et conduire l’humanité vers sa Cité. Je le crois.

Je ne crois pas que le Saint-Esprit soit une entité divine en elle-même, mais je crois, selon les Ecritures, que l’Esprit de Dieu est actif sur la terre entière, et sans doute ailleurs, et que c’est par Lui, et par Lui seul, que Dieu agit. C’est par Lui, par son Esprit et l’Esprit seul, que Dieu séduit, murmure, incite, éclaire, guide, console, convainc, rassure, encourage… Mais, comme devant Elie, Il ne force jamais, n’agit jamais par force ni contrainte. Et quand Il intervient ou guérit, c’est par l’Esprit seul, non par magie. Dieu est Esprit.

Je ne crois donc pas à la Trinité comme description de Dieu, comme nature ou essence de Dieu ; ni non plus comme un terme – d’ailleurs absent de la Bible – qui serait indispensable dans toute Déclaration de Foi. Mais je crois, selon les Ecritures, que la notion de Trinité est un concept formidable, une trouvaille de nos Pères de l’Église, parce qu’elle nous dit que Dieu est vivant, circulant en Lui-même, relationnel à l’intérieur de Lui-même et avec sa Création, et, par conséquent, qu’il est vraiment amour…

Je ne crois donc pas non plus que l’amour de Dieu s’arrête aux frontières invisibles de l’Église, et que le Christianisme soit le seul accès à Dieu et à son salut, ni que Jésus-Christ soit le seul sauveur et médiateur. Mais je crois, selon une Ecriture, que le Verbe a d’autres brebis dans d’autres bergeries, dans d’autres peuples, dans d’autres cultures, dans d’autres religions, dans d’autres familles spirituelles, et qu’Il sait parler toutes les langues créées après Babel… Et je crois sereinement, avec tranquillité, qu’Il a d’autres bergeries, dans d’autres planètes où la vie est probable, et qu’Il ne se prive pas, là-bas aussi, de les aimer et de leur parler.

Ainsi, je ne crois pas non plus à l’œcuménisme qui vise à l’unité formelle des Chrétiens, à une Eglise unique que Dieu n’appelle peut-être pas tant que cela. Mais je crois à la diversité des humains et des Eglises, voulues et données par Dieu. Et je crois avec ferveur au respect, au dialogue, à l’action commune et fraternelle entre Eglises et entre religions ; mais aussi à une parole franche entre elles.

Je ne crois pas, hélas pour nous, que Dieu sauvera notre planète et l’humanité malgré nous, de tous les maux que nous leur infligeons et qui les menacent aujourd’hui. Je crois que l’espèce humaine peut disparaître, capable de se suicider collectivement, et que cela ne dépend que de nous et de notre responsabilité. Mais je crois que Dieu est prêt à nous y aider, à nous donner la volonté, le discernement, le courage et l’intelligence collective pour nous sauver, non pas seuls, mais avec Lui.
Et je crois que de toute façon, le Créateur dispose d’autres cartes, d’autres humanités à aimer, ailleurs dans l’univers. Notre fin ne serait pas celle de son amour.

Enfin …
Je ne crois pas que ce que nous croyons ou ne croyons pas soit important, à commencer par ce que moi-même je crois ou ne crois pas. Mais je crois que seule est importante la prière, ce dialogue que nous pouvons entretenir avec Dieu, l’écoute intérieure de ce qui est infiniment plus grand que nous, la relation personnelle et intime avec notre Dieu, quelle que soit la façon dont nous le nommons, le concevons, ou nous le figurons, et quelles que soient les affirmations dogmatiques que nous pouvons tous élaborer, moi le premier.
Je fais plus que le croire, je le sais pour le vivre : l’essentiel, c’est cette relation, ce dialogue quasi permanent avec Dieu, avec l’Esprit, cette intimité et cette confiance que nous voudrions permanentes. L’essentiel, c’est de prier, infiniment plus que de définir des dogmes... Prier, pour aimer. Car pour aimer, définir ne sert pas à grand’chose.

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

Jean-Paul Morley